vous n'aurez pas ma haine

Vous n’aurez pas ma haine
Antoine Leiris
Editions Fayard (2016)


Qui ne se souvient pas de cette poignante lettre, publiée et partagée sur facebook, au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 ?
Antoine Leiris, dans un récit bouleversant, raconte les douze jours qui ont suivi l’horreur, celle de la perte de l’Amour de sa Vie, sa femme, la mère de son fils Melvin. «  Nous étions comme deux petites briques de plastique que les enfants s’amusent à emboîter, faits l’un pour l’autre. »
Ce témoignage, tout en pudeur et retenue, est un vibrant Hymne à la Vie. En effet, au-delà de l’indicible, de l’absence insoutenable, de la perte inconcevable, la vie doit continuer...
Il y a Melvin, 17 mois, qui va grandir sans maman, Melvin qui va devenir le « Maître du Temps » de cette petite équipe d’aventuriers, qui doit faire face aux autres, ceux qui avancent avec leurs « gros sabots de vivants »… Il y a le souvenir doux d’un bonheur qui doit désormais se construire autrement … Il y a tous ces rituels qu’Antoine s’efforce de faire vivre à sa façon, dérisoires rappels d’un temps passé…
Par-dessus tout, Antoine veut que son fils ne grandisse pas dans la haine de l’autre, afin qu’il puisse vivre heureux et libre… Cette haine, qui pourrait apparaître comme légitime, l’auteur ne veut pas en faire cadeau aux assassins de cet « être d’exception » qu’était Hélène. Il refuse, bien que dévasté par le chagrin, de céder à l’ignorance et à la colère. Il refuse que son fils puisse penser que l’être humain est forcément mauvais.
Il est si difficile de trouver des mots pour décrire ces 139 pages empreintes d’amour… Difficile d’écrire une simple chronique, après une telle lecture, les mots sont bien piètres.
J’ai été profondément bouleversée par cet homme, par cette magnifique lettre d’amour à une victime de l’obscurantisme aveugle… Bouleversée également par la justesse et la sincérité qui jalonnent ce récit puissant, superbement écrit, sans pathos aucun, sans voyeurisme.
La lettre adressée par Melvin à sa Maman, par la plume d’Antoine est poignante de tendresse.
« Maman,
Je t’écris ce mot pour te dire que je t’aime. Tu me manques. C’est papa qui m’aide parce que je suis un peu petit… Tu me manques, Maman, je t’aime » ».
Une lecture coup de poing, inoubliable, des larmes d’émotion, et une leçon d’humilité et d’humanité, un plaidoyer contre l’ignorance, qui devrait en inspirer certains, par les temps qui courent.
Un sublime message d’espoir, celui qui souligne, page après page, que l’Amour est plus fort que la mort.
« Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde ».