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© Julien Ribot

 

 

Elle a bien longtemps hésité avant de pousser le portail en fer forgé du 124 rue du  Pourquoi pas ..  Longtemps hésité avant de revenir sur ces lieux d’il y a longtemps… Ces lieux d’avant…

Elle a réfléchi,  les images se scarifiant au fond de sa mémoire sacrifiée, Elle qui les pensait oubliées, enterrées, ou enfouies sous le sable chaud d’une plage de Méditerranée. 

Elle a longtemps imaginé ce moment, celui où elle franchirait la porte de ses doutes, de ses peurs, de ce désamour ombilical , de ce fichu 124 en lettres dorées sur fond rouge.  Trois chiffres qui aujourd’hui la narguent, ou lui sourient, elle ne sait pas trop. Trois chiffres associés à des rires, des larmes, des départs, des retours ..  Un départ sans retour.

Le mur lézardé sur la droite,  la haie de cyprès tout au fond, comme dans les cimetières  du coin,  les quelques fleurs qui poussent sous le béton,  tout respire l’asphyxie.   Inspiration, expiration,  cœur qui bat plus fort, plus fort.  Images qui vrillent dans sa tête, dans ses veines,  qui lacèrent ses poumons.  Images d’il y a longtemps…D’avant..

Elle avance doucement…  S’immobilise…

Ne peut plus… Etouffe…  Suffoque…

Le 124 de la rue du Pourquoi pas. Son enfance.  Envolée.

Elle tourne le dos, referme le portail qui ne grince même pas, semblant lui donner un assentiment muet à ce que certains,  certains occupants du 124 rue du Pourquoi pas,  nommeraient fuite.  Ce qu’elle préfère qualifier de Survie.

Elle murmure un « Maman » muet.  Sourd et muet.  Muet et sourd.

Le 124, avec ses lettres dorées sur fond rouge, s’éloigne. 

Le 124, avec ses lettres dorées sur fond rouge, n’est plus qu’un numéro dans la rue du Pourquoi pas.

Plus qu’un numéro, comme n’importe quel numéro.

Plus qu’un point rouge.

Le 124 n’est presque plus rien.

Le 124 , avec ses lettres dorées, sur fond rouge.

 

© Nath