neige-vincennes-kot

 

© Kot

 

Les bras tendus vers le ciel, je contemple autour de moi cette immensité immaculée.. 

Les pieds plantés dans le sol gelé, bouche close, j’écoute le silence qui m’entoure.

Le corps  immobile, frissonnant en dedans,  chair de poule à peine visible, souffle court vers le ciel, j’attends.

J’attends d’entendre le craquement des pas, les chuchotis des amoureux qui ne se bécoteront pas sur les bancs publics, les rires des enfants  aux joues rouges,  les suppliques des oubliés de l’hiver, le murmure du vent porteur de nouvelles du Bout du bout du Monde (vous ne connaissez pas le Bout du bout du Monde ?).

J’espère un peu d’attention, juste un peu. Comme avant, comme après...

Mes mains nues enlacent le vide et le froid. Mon buste-écorce à vif se mure dans un mutisme glacial. Mes racines meurtries  se figent, mais on sait bien que des racines, ça ne meurt pas… Parfois, ça a froid, parfois ça a peur, ça tremble aussi parfois, mais ça ne meurt pas.

Mes  yeux invisibles scrutent le ciel blanc.  Mes yeux du dedans sentent une larme couler, juste une petite larme.  De tristesse ou de joie, je ne le dirai pas, cela n’appartient qu’à la pudeur de mon âme.

J’attends.

Je patiente.

Je soupire parfois.

J’espère.

Le printemps reviendra dans trois mois, il revient toujours, le printemps.

Je le sais bien,depuis qu’on m’a planté là, dans ce grand parc, entouré de plein de mes semblables.

Mes bras redeviendront verts.

Mon corps noueux frémira à nouveau sous le soleil. 

Mes racines s’affranchiront de mes faiblesses. Elles tanneront le sol.

Je grandirai.

Des amoureux se bécoteront  à nouveau sur le banc que j’abrite.

Des enfants se cacheront encore derrière mon tronc, en riant.

J'abriterai bien sûr le chant du geai.

Je protègerai de mon ombre les oubliés des beaux jours.

La vie reprendra ses droits.

Comme toujours.

© Nath