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La ballade de l’enfant gris

Baptiste Beaulieu

Mazarine/ Fayard

Octobre 2016


« Les grandes amitiés - comme les drames immenses - ont souvent de petits commencements... »

Qu’il est difficile de poser des mots, de simples mots, au sortir d’une lecture qui vous a saisi(e) comme c’est le cas avec ce tout dernier roman de Baptiste Beaulieu, dont on ne peut, encore une fois, que souligner l’immense talent.

Cet enfant gris, c’est Noah, dit No’. Il est atteint d’un mal incurable, il a sept ans, et sa maman ne vient pas souvent le voir à l’hôpital.

C’est l’histoire de No’ et de son fantôme.

C’est l’histoire de Jonas, dit Jo’, jeune et brillant interne, dont on se demande s’il ne serait pas, un peu, ou beaucoup, Baptiste.

C’est l’histoire de Maria, cette mère étrange qui abandonne son enfant mourant, pour s’enfuir à des milliers de kilomètres de lui.

C’est l’histoire d’une Déchirure, d’un avant et d’un après celle-ci. D’un lien qui se noue entre ces trois personnages. Un lien intense, émouvant (et c’est là un doux euphémisme), issu d’un drame.

« A 10h10, il se produisit entre eux ce que Jonas appellerait la « Déchirure ». Toute sa vie, il y aurait un avant et un après cette Déchirure. »

C’est l’histoire d’une quête onirique et initiatique, une catharsis libératrice pour ce médecin profondément blessé par la disparition d’un jeune patient, qui transporte le lecteur sur les routes de Rome à Jérusalem, avec un talent de conteur absolument indéniable.

No’ doit rejoindre sa mère, Jo’ doit se défaire de ce fantôme phagocyte et si lourd à porter depuis cette terrible « Déchirure ».

« Peut-être que, de vérités divulguées en secrets dévoilés, je lui faisais la courte échelle vers le paradis. Peut-être que, lorsqu'il connaîtrait enfin toute l'histoire, il s'en irait. »

Depuis la France jusqu’en Israël, en passant par l’Italie, la vérité perce sous le manteau de l’indignation première. Tout n’est en effet pas si simple : la vie de Maria, son choix amoureux, cette maternité qui n’est pas un choix, celui, ensuite, de partir loin, à un moment aussi tragique.

De chapitre en chapitre, le lecteur navigue entre « avant » et « après », entre rêve et réalité (mais où se situe la frontière ?)

J’ai été profondément émue par ces 412 pages empreintes de cette profonde Humanité propre à Baptiste Beaulieu, sa « griffe » en quelque sorte. J’ai parfois ri (cette chère Madame Crinchon, les pitreries du médecin et de l’enfant), j’’ai souvent pleuré (comment rester insensible à la façon dont le médecin présente à l’enfant le passage par la chambre 33), j’ai toujours été profondément émue par la plume de cet auteur qui m’est si cher, et que j’ai eu la chance de rencontrer récemment.

Une belle leçon de vie, de tolérance, d’Humanité (avec un immense H ), tout au long de ce petit bijou coup de cœur (aussi immense que le H majuscule). Un roman baigné de douceur, de lumière, de soleil, de larmes, de mains qui se joignent,d’amour d’autrui, d’une formidable empathie et d’une extraordinaire sensibilité.

Baptiste Beaulieu est une Belle Ame, alors il est normal, n’est-ce pas, que les mots qu’il couche, émeuvent, touchent au plus profond des tripes …

Je ressors de cette lecture profondément ébranlée, joliment touchée dans mon cœur de femme et de maman, incontestablement illuminée dans mon parcours d’humaine sur cette Terre.

Une perle que je recommande donc vivement. Loin du pathos que l’on pourrait craindre, cette Ballade est une étoile dans l’Univers, une très belle étoile.

Je remercie vivement les Editions Fayard / Mazarine pour ce si beau cadeau solaire,  merci à l'édtirice qui l'a déposé dans un coin de mon coeur, dont il ne sortira pas. 

« Y a des êtres, ils sont miraculeux. Une caresse. Un mot. Un sourire. Et c'est toute votre existence qui devient meilleure. »

© Nath