bric a book 28 novembre

 

© Vincent Héquet

 

Il était là , dans ce train, ce train qui l’amenait loin de sa petite vie confortable, de ce train-train (tiens donc, quelle drôle d’expression) , qui lui coupait les ailes un peu plus chaque jour.

Il était là et il pensait à elle, elle  qui allait trouver cette lettre sur la table de la cuisine, en se réveillant,  dans …pas longtemps.

Il espérait qu’elle n’a pas entendu cette foutue porte grincer.

Il avait tout laissé derrière lui, juste pris ses lunettes de soleil,  un peu d’elle tout de même, elle les lui avait offertes pour son anniversaire, et ce bouquin de Kerouac, dont chaque page était cornée, élimée. Chaque page portait en elle ses rêves, ce désir d’ailleurs, d’autre chose.

Il imaginait ses larmes à elle, elle qui l’aimait tant, qui rêvait mariage, enfants, pavillon avec un grand jardin, et puis le chien , le chat, la cheminée qui crépite en hiver.  Il imaginait son désarroi quand elle comprendrait qu’il ne reviendrait pas, qu’il ne reviendrait jamais.

Il ne voyait plus le paysage défiler, son visage à elle, son sourire, son regard, mangeaient tout l’espace autour de lui.  Sa voix quand elle lui disait « je t’aime », sa petite main qui enlaçait tendrement la sienne.  

Ne pas se retourner.

Partir.

Quitter cette vie étriquée.

La quitter Elle.

Ne plus vouloir la quitter, finalement.

Ne plus savoir.

Mais

Monter dans ce premier train dont il avait oublié la destination.  

Ne pas se retourner.

Ne pas penser.

Ouvrir le bouquin de Kerouac. « Rien derrière et tout devant, comme toujours sur la route. »

Elle se réveille effrayée.

Elle tremble encore de cet affreux cauchemar qui vient de broyer sa nuit, qui vient d’écraser son cœur, de faire transpirer son corps et son âme.

Elle tend une main tremblante. Tâte l’oreiller à côté d’elle.

Il est là. Il dort paisiblement.

Il est des rêves , il est des signes qui montrent le chemin.

Elle sourit.

Elle l’aime.

© Nath