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Cœur – Naufrage

Delphine BERTHOLON

Editeur : JC Lattès – Mars 2017 –

 

Les romans de Delphine Bertholon et moi, c’est une longue et belle histoire. J’avais adoré Twist, le Soleil à mes pieds et le merveilleux « Les Corps Inutiles ». Avec « Cœur-Naufrage », les mots me manquent, tant on touche au sublime !

Comme souvent avec Delphine, voici un récit choral.

Les voix de Lyla et Joris alternent, se frôlent dans un écho charnel et épidermique, bouleversant, troublant et toutefois lumineux, à l’image de leurs peaux qui se sont effleurées, alors qu’ils étaient adolescents.

Deux corps qui se mêlent, deux êtres laminés par la vie, lacérés par le désamour, par des violences différentes mais similaires dans leurs conséquences. Un amour d’été entre deux écorchés vifs. De leurs étreintes furtives , un enfant va naître. Un bébé « cursed », né sous X, un jour d’éclipse solaire, de « nuit dans le jour ». Un secret. Celui de Lyla. Et de sa mère si toxique, si abominable.

17 ans plus tard, Lyla, devenue traductrice, voit sa vie « boîteuse » basculer.

Il suffit pour cela d’un message sur son répondeur téléphonique. Le passé ressurgit alors, et bouleverse ce quotidien réglé comme du papier à musique, mais dans lequel elle ne trouve pas sa place.

« Je suis une amie, une maîtresse, un faire-valoir », une infirmière. Et personne, jamais, ne s’occupe de moi ».

A partir de cet instant, elle ne peut plus fuir. Elle ne peut plus tricher.

« Il est tellement aisé de se mentir à soi-même ».

Aidée par sa meilleure amie, la fantasque Zoé, Lyla «avec un y », va prendre le long chemin de la rencontre avec elle-même, et s’apercevoir, combien il est beau d’être en vie.

Sur fond de Radiohead et des mots écorchés de Bukowski, Delphine Bertholon décline avec un talent immense les thèmes ombrageux tels que la maternité sous X, les conséquences d’une enfance brûlée au fer rouge du désamour, les mères toxiques, et les relations amoureuses bien sûr.

C’est un roman bouleversant que je viens de refermer, je me sens comme les bras de Joris, marquée profondément, chamboulée comme après un naufrage, dont on sort forcément grandi(e), puisqu’on a survécu.

Il y a bien sûr cette musicalité propre à Delphine, ce rayon de soleil omniprésent dans l’obscurité méandreuse et sinueuse de certains moments de l’existence.

Il y a cette lumière qu’elle pose avec ses mots, reconnaissables entre mille, et indissociable de ses écrits.

Une merveille donc, à ne rater sous aucun prétexte. Le roman qu’il FAUT lire, qu’il faut savourer, et qui ne vous quitte pas, qui loge là , au creux du ventre, du cœur. Qu’on garde au bord des yeux en priant surtout pour qu’il y reste.

© Nath