bric a book maison

 

© Fred Hedin

 

L’enfant prit un pinceau.

Elle dessina une maison au toit rouge comme les lèvres de sa mère,  à la fenêtre solaire, et à la façade crépie à la chaux. Blanche.  Pure.  Droite et belle.

Une maison où on n’aurait jamais peur.

Et puis, au-dessus de la maison cocon, celle où on n’aurait jamais peur, elle posa, du bout de son pinceau, le plus beau des bleus, un ciel immaculé.

Un bleu azur.  Celui de l’infini.  Celui qu’elle n’avait jamais autrement que dans ses rêves de petite fille.  

Un bleu vierge,  sans soleil.

Le soleil, elle n’en connaissait même pas le nom.  Sa mère l’avait elle aussi oublié.

Elle ferma les yeux, les ferma très fort. Les murs décrépis de sa chambre s’envolèrent,  volutes noires et sombres..

Maintenant, elle entendait le bruissement de la vie.  Elle s’enveloppait des rires, des chants, de tous ces mots que l’on pouvait dire sans avoir la peur au ventre. Elle caressait les bras de sa mère, elle se noyait dans les yeux-lumière de son père. Tout était bonheur.

 Au loin,  bien loin, elle pouvait même saisir le chant des vagues et les conversations des mouettes.  Son esprit s’envolait par-dessus les décombres, par-dessus les maisons grises détruites, par-dessus le vacarme assourdissant des obus qui pleuvaient jour après jour, laminant chaque jour davantage le ciel noir. 

  Son pinceau glissait sur le bout de papier déniché dans la rue, ce matin.   Sa main l’emportait vers un Monde de Paix, une maison blanche , au toit rouge et à la fenêtre solaire, au ciel bleu immaculé.  

Une  maison loin de chez elle.

Loin des bleus à l’âme et du rouge-sang.

Loin du soleil endormi.

Loin des ruines.

Loin de l’indifférence.

Loin d’Alep.

© Nath