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© Fred Hedin

 

Cela faisait bien une bonne trentaine d’années qu’elle n’avait pas poussé la porte de ce café aux douces saveurs de ses années lycée…

Souvenirs sur fond de nostalgie, aux accents méridionaux.

Les rires résonnent encore à ses oreilles, comme échappés du percolateur rutilant.

Les premières révoltes communes, les premières manifs qu’on prépare autour d’un verre de Gini, les premiers slogans qu’on écrira sur un drap qu’on détournera de l’armoire familiale, les premiers émois, les mains qui s'effleurent, les DM de maths qu’on recopie à la va-vite sur quelqu'un “qui a compris de quoi ça parle”...

Le temps file, les images défilent, le présent se faufile, surfilant ce passé insouciant, cette douceur d’être, cette sensation d’avoir le Monde à ses pieds.

Des chaises vides accueilleront dans quelques heures des lycéens made in 2017.

Des rires réveilleront, comme chaque jour, les murs assoupis.

Des confidences chuchotés demeureront leurs secrets bien gardés, et viendront s’ajouter aux secrets bien gardés des générations précédentes.  C’est bien connu,les murs ont des oreilles, mais demeurent muets.

Des baisers furtifs s’échangeront sous le regard des tables en formica et des verres de Coca Light.

Des révoltes germeront. Des espoirs de changer l'Univers tout entier naîtont. Des rêves grandiront. Des mots noirciront des pages et dans quelques années, rejoindront d'autres mots, pour s'unir dans un atelier d'écriture humainement addictif.

Le temps qui passe ne dépose aucune ride au coin des yeux des lieux intemporels.

C’était bien chez Laurette...

© Nath