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Inhumaines

Philippe CLAUDEL

Editions Stock  - Mars 2017 –

 

Avec Inhumaines,  « Roman de mœurs contemporaines », Philippe Claudel signe une œuvre aux antipodes de ce que l’on connaissait de lui jusqu’à ce jour.

La quatrième de couverture donne en trois lignes le ton de ces 130 pages effroyables , si l’on s’en tient à un premier degré qu’il faut savoir dépasser pour en saisir la substantifique moëlle.

Ici, point de sentiments tendres, doux, point de tendresse.

Ici, l’être humain est décortiqué dans toute sa noirceur, avec un cynisme doublé d’un sens de la provocation, frôlant ainsi délicieusement l’excellence.

« Depuis peu, on a parqué les pauvres. C’est bien mieux, ça ne pouvait plus durer. Dans une société à deux vitesses où les riches passent leur temps à s’enrichir et les pauvres passent le leur à s’appauvrir, rien ne sert que les seconds soient dans le même espace que les premiers »

Pointant du bout de sa plume une société qui anesthésie les consciences, la pensée et l’intelligence, l’auteur engagé qu’est Philippe Claudel dénonce…  Il le fait avec un humour noir glaçant, choquant parfois,   souvent effroyable et par-dessus tout très politiquement incorrect  (A titre personnel, j’aime le politiquement incorrect, dans une époque où la pensée unique , le panurgisme et le psittacisme prennent le pas sur l’Humanité avec un H majuscule).

Certes, c’est cru et cruel. Certes c’est extrême et absurde.  Certes, ce n’est pas là le style auquel Philippe Claudel nous a habitués.   En apparence seulement. Car on retrouve l’extrême sensibilité de l’auteur. On la retrouve juste autrement. Dans un autre registre.  Noir, comme le sont tous ces drames qu’il dénonce . Noir comme ce futur qui s’annonce si les consciences ne se réveillent pas.

A la façon d’un Montesquieu ou d’un Voltaire,  l’auteur appelle le lecteur à réfléchir, à reprendre le pouvoir, à se regarder et à cesser de céder à l’appel des sirènes du spectacle de divertissement offert par une société surmédiatisée.

Voici une lecture nécessaire, en dépit du vocabulaire, qui m’a parfois dérangée, de l’humour noir foncé qui glace et du cynisme qui en constitue la colonne vertébrale.

« Parfois des gestes simples nous contentent. Faire la vaisselle. Tondre la pelouse.  Peindre une porte. Feindre de respirer.

 La vie devient supportable quand on la feinte. Enfin presque ».

 

© Nath