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Ecoute-moi bien

Nathalie RYKIEL

Editions Stock – Mai 2017 –

 

Ecoute-moi bien est une lettre d’amour et d’adieu, celle d’une fille à sa mère, celle d’une femme à une autre femme, celle de Nathalie à Sonia Rykiel.

C’est un hommage pudique et rayonnant, une course contre la mort, un cri désespéré pour qu’encore un peu, un tout petit peu, cette mère-veille qui fut tout aussi dévorante qu’aimante, aussi castratrice que libératrice, aussi sombre que solaire ne s’en aille pas. C’est la pensée magique d’une petite fille, qui était tout pour sa mère et qui espère, par là-même, garder encore sa main chaude dans la sienne, pas une main glacée par l’inéluctable.

Nous suivons l’histoire de Sonia, femme flamboyante, féministe, avant-gardiste de la Haute-Couture. Sonia qui vit à 3000 à l’heure, se libère des conventions, quitte un mari, a des amants, expose des sex toys dans la vitrine de sa boutique de St Germain des Près (vous imaginez le choc !). Sonia qui devient mère et idolâtre sa fille Nathalie, partageant avec elle un lien totalement fusionnel, dévorant, dont nous aurons l’impression de tout savoir, de ne rien savoir .

« J’ai perdu ma mère ma moitié, ma crème et ma frayeur, ma beauté et ma douleur. Avec toi , j’ai connu le plus beau, j’ai connu le plus dur ».

Lorsque cette P de P (la maladie de Parkinson) affecte Sonia, Nathalie devient la mère de sa mère, la protégeant, l’entourant, essayant par tous les moyens de la garder dans cette vie qui lui échappait jour après jour.

« J’ai décidé de condamner à mort cette partie de moi qui attend ta mort ».

Ce livre-là est court, mais aurait-il été nécessaire de rajouter des mots quand tout était dit, et si pudiquement, sublimement dit ?

C’est un récit magnifique d’Amour, un Amour universel mais pourtant unique, une ode à la vie, une ode aux mots, à l’éphémère qu’il faut saisir avant que la mort ne saisisse, une sublime incantation à la transmission aussi.

Une fois le livre refermé, il demeure l’image de cette femme que l’on refuse d’imaginer couchée (Sonia) et de l’autre, qui en dépit de sa douleur, reste debout.

« Pour me consoler, il y a cette vie que tu m’as mise dans le cœur, il y a cette fierté…
Je suis debout »

J’ai été très touchée en tant que fille, en tant que mère, en tant que femme. J’avais et j’ai toujours une grande admiration pour Sonia Rykiel, j’ai découvert, avec enthousiasme , émerveillement et ravissement, grâce aux Editions Stock que je remercie, le talent et la plume de Nathalie. Chapeau , Madame !

NB :

Ustsuroï :Dans la culture japonaise, utsuroï signifie une subtilité qui permet de  penser la transition.  Ce moment où la fleur va faner, où l'âme d'une chose est comme suspendue dans le vide entre deux états. Ni l'eau, ni la neige, mais l'entre-deux, l'interstice, le moment où la neige se modifie en eau et où l'eau est encore de la neige.