LNA_MADJIDI

 

 

Marx et la poupée

Maryam MADJIDI

Editions le Nouvel Attila – Janvier 2017 –

 

« Un homme est assis seul, dans une cellule. Il tient dans une main une pierre, de l’autre une aiguille à coudre. Il creuse la pierre avec la pointe de l’aiguille.... Il grave un nom , une manière de dire qu’il pense à elle, ce bébé qui n’a que quelques jours et la vie devant soi ».

Maryam Madjidi n’est encore qu’une enfant, lorsqu’avec  ses parents, elle quitte son pays, l’Iran. Elle ne comprend pas le pourquoi de cet exil, cette déchirure, cet abandon de tout ce qui faisait sa vie de petite fille, les jouets qu’il faut donner, et les livres qu’il faut enterrer.

« Marx et la poupée » est le récit d’un déracinement, d’un enracinement dans un pays (la France) dont les codes, la langue, les odeurs sont totalement inconnus.

Maryam conte plus qu’elle ne raconte. Elle conte l’adieu, l’exil dans sa vérité nue,le poing levé et le poing qui s’ouvre.

« Ouvre le poing et ne  détruis pas ce que tu tiens à peine dans ta main »

Elle conte la souffrance, la peur, la mémoire endormie et réveillée. Celle qui  sauve de l’oubli.

Elle chante la Perse, la poésie,  Omar Khâyam et Hâfez.

Elle peint la vie, la mort, la peur, le sublime,  une étoile filante.

Elle raconte les trois naissances qui ont été nécessaires à la réconciliation entre la persane et la française.

J’ai été totalement emportée par ce roman tissé par la grâce, la lumière, et l’indubitable talent de Maryam Madjidi.

J’ai été bouleversée par le destin de cette famille, par le lien entre l’enfant et ses parents, par cette grand-mère aux « mains ridées, aux veines saillantes », symbole de la libération et de la liberté d’Etre Soi.

La mémoire qui sommeille en chacun de nous, les racines auxquelles on ne peut échapper,  la transmission intergénérationnelle,  et bien sûr la dénonciation de la dictature en Iran, sont les principaux ingrédients  de ce roman aux accents autobiographiques, aux senteurs de thé noir et de panir-é-Tabriz, aux intonations de farsi, aux douces sonorités poétiques.

« Marx et la poupée » est un livre lumineux, à l’écriture puissante.

Il a reçu le prix Goncourt du Premier Roman 2017, ainsi que le le 13e prix Ouest-France Etonnants voyageurs.

Je remercie lecteurs.com pour cette lecture inoubliable, découverte dans le cadre des 30 romans sélectionnés pour le prix Orange du Livre.

Merci aux Editions le Nouvel Attila et à Maryam pour les émotions, les émotions, les sourires, les rires, et les yeux qui piquent !

« Je suis une guirlande de mots accrochée à un arbre qu’un enfant montre du doigt ».

© Nath