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Ces rêves qu’on piétine

Sébastien SPITZER

Editions de l’Observatoire – Août 2017 – RL 2017 -

304 pages

Rentrée littéraire 2017

 

1er mai 1945 : Hitler s’est suicidé, entraînant avec lui dans la mort Eva Braun. La capitulation de l’Allemagne n’est plus qu’une question de jours et les illusions nazies s’écroulent.

Dans le bunker où se sont réfugiés les derniers fidèles du Führer, il y a Joseph Goebbels, son fidèle et abject ministre de la propagande, son épouse Magda, et leurs six enfants. Six  petits aryens, modèles parfaits de ce que devrait être l’enfant idéal.

Hors du bunker, il y a ceux qui ont survécu  à l’indicible horreur concentrationnaire.  Parmi eux, une jeune femme,  victime de la folie de médecins tortionnaires, et sa petite fille, Ava.

Dans le bunker : la noirceur, la mort, la folie, l’horreur. Les Goebbels.

A l’extérieur : la Lumière, la Vie, et l’Espoir. Fela, Ava et les autres.

Ava (qui, en hébreu signifie "Vivre") porte sur elle des lettres, des lettres d’un père à sa fille.  Il est déporté, dans un des camps de la mort, il sait que la fin est proche.  Il est le père de Magda. Celui qui l’a aimée, entourée, choyée, aidée à grandir et à sortir de cette couche sociale qui l’a vue naître. Elle l’a renié. Il est juif.

J’ai été bouleversée par la puissance émotionnelle de ce roman, par ce grand écart entre cette Médée du XXe siècle et cette petite fille qui est son antithèse.

Les lettres de Richard Friendländer sont poignantes. Disséminées au fil du récit, elles prennent d’autant plus d’ampleur qu’elles s’opposent à la froideur de celle à qui elles sont destinées.

Peut-on trouver des excuses à son geste fatal, exécuté, faut-il le préciser, avec une froideur implacable ? Peut-on comprendre qu’elle n’ait pas voulu livrer ses enfants si parfaits à un Monde qui résonnait comme une Apocalypse pour elle ? Peut-on, au-delà de Magda, à la personnalité si complexe,  comprendre l’aliénation absolue de tout un peuple et son aveuglement ? Peut-on, en ultime ressort se poser la question « Et moi, qu’aurais-je fait ? ».

J’ai été bouleversée, profondément bouleversée par cette lecture, splendide et terrible à la fois.  Le fil conducteur, la transmission, est abordé avec pudeur, et l’humanité rayonnante qui émane de la plume de Sébastien Spitzer fait de son premier roman un formidable condensé émotionnel.

Certes, on souffre, on s’interroge, on passe par les chemins de la colère, de la sidération, mais on achève cette course dans la clairière de l’Espoir.

Je remercie Sébastien Spitzer, et les Editions de l’Observatoire, pour cette lecture uppercut , ce condensé d’émotions que j’aime ressentir en tournant les pages d’un roman, pour ces larmes, cette rage et surtout pour la Lumière sous la porte.

« Un pas. Une pierre. Un chemin de poussière. Un printemps qui bourgeonne »

© Nath