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Gabriële

Anne et Claire BEREST

Editions Stock – Août 2017 –

Rentrée littéraire 2017

450 pages

Qui, de nos jours, peut dire qu’il connait le nom et la vie de Gabriële Buffet, morte en 1985, à l’âge de 104 ans ?

Anne et Claire Berest sont ses arrières-petites-filles. Elles ont appris le lien qui les unissait à cette figure emblématique du Paris des années folles, lors d’une exposition dédiée au peintre Francis Picaba. Le silence et l’ombre étaient alors de mise au sein de la famille, on découvrira pourquoi au fil du récit.

Mais revenons à Gabriële...

Il n’était guère aisé d’être femme et libérée au début du XXe siècle.  Encore moins facile de vivre en décalage absolu avec les mœurs de son temps.  C’est pourtant ce qu’a réussi cette femme au destin hors du commun.  Féministe et première femme à intégrer une prestigieuse école de composition, la Scola Cantorum, Gabriële était une personnalité totalement atypique.  Epouse de Francis Picabia le peintre sulfureux, maîtresse de Marcel Duchamp, amie d’Apollinaire (Apo) , muse et égérie,  plus femme que mère (les quatre enfants du couple Picabia, pour lesquels ils éprouveront « une indifférence tranquille » ne seront guère un poids pour leurs parents),  elle sera le témoin d’un temps où l’art sous toutes ses formes,  brise les normes.

« Jamais Gabriële ne parlera d’amour. Jamais elle ne dira: je l’aimais et il m’aimait. Ce qui se passe entre eux est un face-à-face d’où jaillissent la pensée et la création, c’est le début d’une infinie conversation, au sens étymologique du terme, aller et venir sur une même rivière, dans un même pays. »

C’est un immense bonheur de croiser, au fil des pages, Picasso, Beatrice Wood, Man Ray, André Breton,  et tant d’autres  belles âmes qui ont marqué à jamais l’art, sous diverses formes.  C’est purement enchanteur de voyager de Paris à New York, en passant par Barcelone et Saint-Tropez, sans oublier la maison maternelle d’Etival, témoin de moments illustres, où résonne la voix d’Apollinaire.

Anne et Claire Berest s’attachent à restituer au  plus juste, au plus pudique aussi, au plus lumineux, le parcours de Gaby, avec leurs doutes, communs et respectifs, et la volonté de ne pas blesser leur mère, pour qui le sujet était tabou, n’ayant reçu que « l’obscurité en héritage ».  Il n’était guère aisé de partir sur les traces de ce «monument ignoré et égaré ». Les auteures ont su rendre un témoignage intime et intimiste, un magnifique hommage à leur aïeule.

J’ai été très touchée par l’histoire de cette femme, dont j’ignorais tout, par la justesse du ton et la complicité d’Anne et Claire.  Emue aussi par ce lien si étrange entre Gaby et Francis, et celui, amoureux, avec Marcel.

Je remercie les Editions Stock pour cette belle découverte,  ce roman écrit à quatre mains est indéniablement un incontournable de la rentrée littéraire 2017 !

© Nath