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Qui ne dit mot consent

Alma BRAMI

Editions Mercure de France –Août 2017 –

164 pages

Rentrée littéraire 2017

 

Il y a cette maison.  Dans un coin reculé de la campagne. Quelque part, nulle part, loin de tout. Il y a la tonnelle, la cuisine, les tomettes sur le sol,  et  par-dessus tout le silence.

Il y a Emilie. Et Bernard. Elle l’aime tant !  A la folie…  C’est cet amour absolu qui a fait d’elle une ombre, acceptant docilement la soumission imposée par un tyran qui la brise peu à peu, l’enserrant de ses griffes, sous couvert de la protéger, parce que sans lui, bien sûr, elle est perdue.

Ce cher époux, si attentionné, si  tendre, si bienveillant, va jusqu’à ramener régulièrement des « amies » dans ce nid douillet qui est supposé être le leur, afin de pallier l’ennui de sa femme si mélancolique, si seule. Des amies qui bien sûr, ne l’égaleront jamais, Elle, son élue, son Cœur.  Les amies se succèdent. Et elle, Emilie, se tait. Se mure dans ce silence qui l’étouffe, qui l’éteint. Elle se contient, se tait, accepte, persuadée que Bernard lui reviendra, terrassée à l’idée de le perdre, de perdre cet indispensable repère qu’il est devenu au fil du temps.

« Peu m’importait qu’elle soit là, s’il restait ici, s’il continuait à s’allonger près de moi, s’il continuait à m’embrasser dans le cou, et à m’appeler mon Cœur ».

Alors elle subit. Elle subit cette dépendance qu’il distille, telle un venin, passant par cet état de sidération propre aux victimes. Elle lui trouve mille excuses, elle attend. Toujours.   Elle fait bonne figure, sourit.  Attend encore.  Jusqu’au dénouement final, inattendu, glaçant.

La plume d’Alma Brami est percutante, juste, et apnéique.  J’ai dû faire des pauses pour reprendre mon souffle, coupé par cette histoire oppressante, et qui m’a ramenée vers des méandres passés. Le mécanisme de la relation toxique et les ravages qu’elle engendre sont parfaitement décrits, d’une écriture acérée. Je quitte Emilie avec  les tripes nouées, et la gorge serrée.

Immense coup de cœur donc, pour lequel je remercie vivement les Editions Mercure  de France !

© Nath