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Rencontre  avec Christian Bobin

26/10/2017

Librairie Atout Livre - Paris -

 

J’ai eu la grande chance, il y a quelques jours, d’assister à une rencontre avec Christian Bobin,  venu à Paris pour parler de son tout dernier livre « Un bruit de balançoire » (une pure merveille comme chacun de ses livres).

Comme le Bonheur ne vaut que s’il est partagé, j’ai envie de vous raconter, en quelques mots, cet instant suspendu, ce moment de grâce, poétique, pur, beau et tellement émouvant !

Il est difficile, il est vrai, de retranscrire des émotions, surtout quand elles sont légion, comme ce fut le cas ce soir-là. Emotion d’entendre cet Homme parler, parler de poésie, de l’Amour, de la Vie, de la mort, de la musique, des fleurs, des oiseaux, des enfants, des mères, de l’impérieuse nécessité de croire en demain, de l’écriture salvatrice, du silence, et de Dieu.

« Je fais des chaises de langage, de silence.   J’ai le souci de bien faire, d’être scrupuleux, et d’amener au jour quelque chose, qui, peut-être, se révèlera nécessaire, après tout. Le Divin commence à ras, de terre, à fleur de page ».

Je me suis assise,  pas loin de lui, et j’ai bu ses paroles.  Je les ai bues dans le silence religieux d’une assistance subjuguée,  et comme illuminée par le regard du poète.  

J’aimerais retranscrire ici quelques-unes de ces paroles-là. Celles qui m’ont le plus touchée, qui  m’ont émue par leur beauté et leur simplicité, et leur douceur céleste.

«Il y a  un certain sommeil en nous , qui est une forme d’éveil. Il y a des choses en nous qui peuvent traverser tout le temps de notre vie sans jamais être interrogées, sans jamais être convoquées quelque part, sans jamais avoir à répondre. Et ces choses-là, presque indicibles, elles traverseront la vie, muettes.  Ecrire, c’est aussi mettre autour d’elles un peu de neige, un peu de blanc, un peu de silence. »

« La douceur, c’est un mot aussi beau que la neige qui va venir, mais qui n’est pas encore là. La douceur, dans ce Monde, n’est pas encore là. Mais en même temps, elle est là dans le pressentiment qu’on en a. Dans l’envie qu’on en a ».

« La sainteté, si elle existe, c’est le geste juste, pendant une seconde. C’est la parole qui sonne clair et qui est ineffaçable.  Je pense que c’est juste ça, la sainteté : un geste, une parole. Evidemment, ça se paye, comme les choses précieuses. »

 

 

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A propos de son dernier livre , « Un bruit de balançoire »( Editions de L'Iconoclaste, Août 2017) :

« Ryokan est un homme-flèche, et l’arc a été tendu, à la naissance sans doute, on ne sait trop par quelle main. La flèche arrive en plein cœur du lecteur. Aujourd’hui, deux siècles après, c’est un homme-flèche qui est éclairant, qui a un trajet illuminant »

« Ryokan, je le lis, et il me donne un sourire. Toutes les lampes intérieures sont allumées. C’est un écho , c’est la fin de l’abandon. Parce que je pense que ce sourire-là, un tout-petit va l’avoir quand il entend, sans ouvrir les yeux, sa mère qui rentre dans sa chambre, la nuit, pour vérifier que la couverture n’est pas tombée à terre ».

Christian Bobin a évoqué l’écriture manuscrite. Celle que l’on retrouve sur la couverture de son dernier livre, ainsi qu’il le souhaitait. Afin de la retenir, encore un peu.  « Un bruit de balançoire » est en effet composé de lettres, chacune rare et précieuse, dont l’intitulé  est justement manuscrit, de la propre main de l’auteur.

« Je voulais plusieurs choses avec ce livre. Il a une écriture manuelle, c’est ma propre écriture. Je voulais rendre un hommage à un grand navire qui est en train de s’éloigner de la rive, qui est en train de nous quitter, mais je sais que ce n’est que temporaire. Ce navire, c’est le navire de l’Humain.  L’écriture manuelle, c’est la petite danse tribale des mains, comme celle des Indiens. Mais, au lieu de faire venir la pluie, elle fait venir la Lumière »

« C’est l’un des désirs de ce livre, que l’écriture manuelle soit présente. Un autre désir était de chercher quelqu’un, mais ça , c’est le cas depuis le premier livre.  Je cherche quelqu’un. J’ai parfois trouvé, mais je cherche quelqu’un. Je ne comprends pas ce grand appartement vide qu’on m’a mis à la naissance. Je vois bien le visage du père et de la mère. Je vois bien les grands portraits sur les murs. Mais pourquoi est-ce-que c’est si vide par moments ? ».

Il m’a été difficile de choisir certains mots plutôt que d’autres,  j’espère avoir réussi à recueillir la substantifique moelle de cette inoubliable rencontre, et avoir réussi également, ne serait-ce qu’un peu, à vous faire partager cette Lumière que seul un être solaire peut transmettre. Juste un peu, parce que je suis convaincue de la justesse de ses paroles. 

Je vous souhaite, si ce n’est déjà fait, de rencontrer les livres de Bobin, de cheminer un peu avec lui.

Je terminerai avec ces/ses paroles qui sont sans doute celles qui m’ont le plus touchée, parce que je ne peux que me reconnaitre en elles :

« Ce qui m’émerveille dans la vie, ce qui me réjouit, ce qui me fait trop de plaisir, c’est être devant quelqu’un qui cherche.  Pas devant quelqu’un qui a trouvé quelque chose. Etre devant quelqu’un qui cherche, c’est merveilleux.  C’est être devant quelqu’un qui a le visage en désordre, comme une chambre d’enfant. Vous êtes devant des yeux qui sont tout fiévreux, comme les yeux des enfants quand ils jouent et qu’ils oublient l’heure du dîner. Etre devant quelqu’un qui cherche, c’est être devant l’Humain Absolu ».

© Nath

Ci-dessous ma chronique du dernier livre de Christian Bobin, "Un bruit de balançoire" . Vous trouverez d'autres titres de cet auteur-poète qui m'est cher en furetant sur le blog !

 

Cher Monsieur Bobin - Un bruit de balançoire - Christian BOBIN - - Le Boudoir de Nath - Blog littéraire et culturel -

Un bruit de balançoire Christian BOBIN Editions de l'Iconoclaste - Août 2017 - Rentrée littéraire 2017 Cher Monsieur Bobin, C'est bercée par un doux bruit de balançoire que j'ose prendre la plume pour vous dire mes émotions, mes frémissements, mes perles de larmes à fleur de peau, à la lecture de vos sublimes et lumineuses lettres.

http://nathdelaude.canalblog.com

 

 

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