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L’affaire Pauline Dubuisson

Serge JACQUEMARD

Editions Fleuve noir – 1993 -

Editions French  Pulp – Février 2017 –

300 pages

 

« Monsieur le président

Je suis obligée de vous écrire dans le noir, car je ne veux pas allumer ma veilleuse. Je ne sais pas si vous pourrez me lire…

. Je ne refuse pas d'être jugée, mais je refuse de me donner en spectacle à cette foule qui me rappelle très exactement, les foules de la Révolution. Il m'aurait fallu le huis clos. Je suis ravie de jouer ce tour à ceux qui s'occupent de mettre le décor en place.».

1953 :  Pauline Dubuisson comparaît devant la Cour d’Assises pour le meurtre de son amant Félix Bailly.

L’affaire passionnera les foules, de par la personnalité totalement atypique de l’inculpée., dont le  parcours de vie ,  qui, s’il n’excuse en rien le geste commis, peut peut-être l’expliquer.

C’est ce que souhaite démontrer Serge Jacquemard dans cette exo-fiction (biographie romancée).

En effet, comment grandir, s’épanouir , et se construire aux côtés d’un père psychorigide et un brin narcissique, et d’une mère totalement inexistante, à la santé mentale fragile, broyée par ce mari despotique ?  Un père qui n’hésitera pas, à des fins personnelles, à pousser sa fille adolescente dans les bras de l’ennemi, sous l’Occupation ?  Comment grandir avec des désirs qui tenaillent un corps qui ne demande qu’à exulter, à une époque où cela était tout bonnement abominable ?

Tondue à la Libération, violée, humiliée, elle est par la suite prise au piège de sa propre spirale ambivalente , écartelée entre manipulation, vengeance, et un incommensurable besoin d’Amour . Elle est tout cela Pauline … Elle est diablesse et déesse à la fois. Elle est manipulatrice et sans doute manipulée elle-même, sans qu’elle en soit consciente. Elle est coupable et victime.  Elle est l’une et l’autre.

Lorsqu’elle rencontre Félix Bailly, il n’est au début qu’un parmi tant d’autres …

« Néanmoins, elle l’aime à sa façon. Il la distrait, la repose. Parfois, il l’agace ».

Elle est alors une brillante étudiante en médecine.  Ils entrent dans une relation tortueuse qui aboutira à une rupture qu’elle n’acceptera pas , ce qui la poussera à commettre LE geste irrémédiable que l’on sait.

Crime passionnel, direz-vous ? En ces temps d’après-guerre, les  choses ne sont pas simples..

Le procès et le jugement se feront à charge et la peine de mort sera requise. Finalement, elle sera condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, par un jury presque exclusivement masculin.. Libérée au bout de plusieurs années, Pauline Dubuisson finira ses jours au Maroc, poursuivie par sa vie et son passé.

Où se trouve la vérité ? Pauline Dubuisson était-elle une meurtrière froide, et sans le moindre remords, poussée uniquement par des démons intérieurs incontrôlables ?

Etait-elle victime d’une société encore profondément blessée ?

Fut-elle le symbole de ce qu’il fallait détruire, coûte que coûte ?

Fut-elle cette femme qui , durant les dernières années de sa vie , a su faire preuve d’un altruisme et d’une générosité hors du commun ?

Peut-être fut-elle un peu de tout cela !

Dans cette exo-fiction, Serge Jacquemard réhabilite, à sa façon, Pauline, grâce à une écriture simple et concise. L’usage du présent de l’indicatif tout au long du récit le rend vivant et préhensible et l’on ne peut qu’éprouver , au fond , et en dépit du geste commis et assumé, de la compassion pour cette femme broyée par l’Histoire (les deuils successifs dans sa famille) et une société qui est là, aux côtés de l’Accusation.

Ce livre est paru aux Editions French Pulp, une maison que je découvre et dont je salue le travail et les nobles engagements humanistes.

J’ai fait cette lecture dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio.

© Nath

A lire en complément  :

- Philippe JAENADA : La petite femelle

- Jean-Luc Seigle : Je vous écris dans le noir