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De l’âme

François CHENG

Editions Albin Michel – Novembre 2016 –

Essai - 156 pages

 

« Sur le tard, je me découvre une âme. Non que j’ignorais son existence, mais je ne sentais pas sa réalité…   Cependant, à force de vivre, de me délester de pas mal de choses,  s’impose à moi cette entité irréductible, à la fois intangible et charnellement réelle.  A présent je suis tout ouïe : acceptez-vous de me parler de l’âme ? »

Ainsi interpellé par une amie perdue de vue depuis une trentaine d’années,  François Cheng, éminent auteur et poète, va apporter, ou du moins,  tenter d’apporter une réponse, en sept lettres , chacune d’une intensité, d’une sensibilité, d'une force et d’une culture extraordinaires.

Au fil de cette correspondance, François Cheng va définir la frontière entre l’âme et l’esprit et réhabiliter la notion même d'âme.

L’âme, ce mot aujourd’hui en voie de disparition,  ce mot désappris, est l’entité qui anime notre corps, elle est reliée au souffle vital. C’est la part intime de notre être , et elle régit les sentiments, la sensibilité, l’affect, les émotions, l’amour sous toutes ses formes et la création artistique. Elle est en chacun de nous de la naissance jusqu’à la mort.

Elle est liée, entrelacée même à l'esprit, qui lui apparaît comme la faculté qui permet de raisonner. Prendre l'esprit comme seul critère de valeurs,est, pour l'auteur, une voie bien dangereuse. En effet, que penser dès lors des personnes dont "l'esprit", ainsi défini, est altéré? Ils n'auraient donc point d'âme ?

« L’âme animant le corps relève du principe de la Vie. A part les cas où par perversion ou par pulsion de destruction elle agit en sens contraire, elle est, en toutes circonstances, aspiration à la vie. Son élan est naturellement ardent lorsqu’elle est exaltée par l’amour. Sa flamme n’en demeure pas moins vive au cœur de l’effroi, de la souffrance, ou quand menace la mort.  Toutes ces épreuves, au contraire, l’enrichissent, la rehaussent, l’obligent à s’élever vers la dimension transcendantale ».

François Cheng, au fil des sept lettres qu’il adresse à sa correspondante, entraîne le lecteur avec lui , dans un voyage  à travers les temps, à travers les continents, à travers les grandes spiritualités. Un voyage au cœur de l’Ame. Il fait aussi référence à des expériences de vie personnelles, et livre d’émouvantes confessions.

« Je me rappelle les nuits d’amour. L’état suprême d’extase charnelle dépasse le corps. Les chinois le désignent par l’expression « âme fondue » ou « fondre en âme » ».

C’est une douce errance,  une promenade riche , parsemée d’étapes au cours desquelles on croise avec un immense bonheur, Victor Hugo, Descartes, Simone Weil, Pascal, Kierkegaard et bien d’autres compagnons de route. 

François Cheng est un sage (enfin selon moi) est ce fut un immense plaisir de retrouver, une fois  encore, ses mots.  La forme du livre (épistolaire) en fait une lecture qui fait du bien, tout en incitant à la réflexion.   J’ai, vous l’aurez compris, beaucoup, beaucoup aimé,  prendre ces chemins de traverse spirituels et si enrichissants… Merci Monsieur Cheng !

© Nath