20171004_160911[1]

 

 

Mademoiselle à la folie

Pascale LECOSSE

Editions la Martinière – Août 2017 –

128 pages

Rentrée littéraire 2017

 

Catherine Delcour est Mademoiselle, une actrice reconnue et adulée. Sa vie se partage entre sa carrière, son amant ministre et accessoirement marié, et les deuils qu’elle porte en elle, clos comme des chapitres sur lesquels on ne revient pas : le deuil d’un père qu’elle aimait et admirait,  celui d’une mère partie trop tôt, et celui d’un enfant qui n’a pas vu le jour.

Au faîte de la gloire, à 48 ans, le brouillard envahit soudain son esprit et se fait de plus en plus épais et oppressant : les textes s’envolent, les visages s’effacent, et les souvenirs se noient.  Alors, afin de garder des traces de ce qu’elle ne veut pas oublier, elle fige les instants sur les pages d’un carnet qui ne la quitte pas.

« Un carnet en cuir bleu nuit, souligné de surpiqûres orange avec une tranche dorée et une encoche où se loge un crayon à pointe rétractable. Un mémento aux dimensions parfaites, que je fourre dans mon sac ou dans ma poche, indispensable témoin de mon quotidien….  Les jours de la semaine s’entremêlent aux mois, aux années, pour me confondre. Je ressens quelque chose d’inhabituel encombrer mon esprit et s’acharner à me diminuer ».

Heureusement, il y a Mina, sa fidèle assistante et amie, celle qui depuis dix-huit ans, partage sa vie, ses joies, ses peines, ses caprices,  ses désespoirs et désormais, ses errances.

« Je parle, elle écoute, je cherche, elle trouve, nous sommes une paire, un tout. Je préférerais mourir avant elle ».

Mina protège Catherine, l’accompagne dans cette descente aux enfers, faisant tout pour que la vie de « Mademoiselle » demeure, aux yeux de tous, la plus « normale » possible, dissimulant la gravité de son état, préservant cet éclat qui ne ressurgit que de plus en plus rarement.

« Si je pouvais, je retiendrais pour elle le temps qui file et je l’enfermerais avant qu’il ne nous détruise. Je lui donnerais mes souvenirs en remplacement des siens. »

Le roman donne la voix, à tour de rôle , à ces deux femmes, avec une sensibilité qui touche, ébranle, émeut.

La relation entre Mina et Catherine, entre Catherine et Mina,  au cours des quatre mois passés à leurs côtés,  est sublimement analysée, pudiquement, et parfois même avec cette touche d’humour, voire de dérision, qui en fait tout le sel !

« Catherine allume la radio. Sur FIP, Dalida chante Je suis malade, ça ne s’invente pas. Nous reprenons en chœur avec elle, à sa façon, et nous rions. Tout va de travers, mais nous rions aux éclats »

J’ai été bouleversée par cette Mademoiselle, cette femme qui souhaite rester digne et brillante malgré les avancées du mal qui se fait de plus en plus présent au fil des pages.   J’ai eu une pensée émue pour une grande dame du cinéma, Mademoiselle Annie Girardot, qui fut frappée par cette même maladie.

La justesse du ton, l’émotion à fleur de page m’ont emportée, dès les premiers mots, pour ne pas me lâcher.

On ne peut qu’aimer Catherine, bouleversante dans cette si rapide déchéance. On ne peut qu’être touché(e), profondément, touché(e) , par cette Mademoiselle, qui veut tirer elle-même le rideau final avec l’élégance qui a toujours été sienne.

On ne peut qu’aimer Mina, être admiratif/admirative devant cette fidélité à toute épreuve,  cette tendresse et cette douceur qui font que tout  ça fait moins mal.

Pascale Lécosse  évite brillamment le piège de l’apitoiement, du possible pathos, et livre 128 pages de bonheur absolu, et de larmes retenues,  faisant de ce premier roman (vous le savez peut-être, j'aime les premiers romans !) l'un de mes coups de coeur de cette rentrée littéraire.

© Nath