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L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard

Isabelle DUQUESNOY

Editions de la Martinière – Août 2017 –

Rentrée littéraire 2017

 

Un titre surprenant  pour un roman pour le moins surprenant…

Je remercie l’agence Anne et Arnaud , et les Editions de la Martinière, qui m’ont permis de croiser la route de Victor Renard.

Le roman d’Isabelle Duquesnoy plonge le lecteur dans le Paris post-Révolution, aux côtés de Victor Renard, embaumeur de son état, et confronté à des juges pour un crime que l’on va découvrir.

Livrant une confession fascinante, dans l’espoir de gagner du temps face à la guillotine qui vraisemblablement l’attend, l’embaumeur va dérouler le fil de sa vie. Une vie qui commence tragiquement,  par une mort : celle de son frère jumeau, et qui sera jalonnée de drames, de joies, d’amour, de moments que nous allons partager, avec une joie totalement jouissive.

« « Je vous l’ai dit, je m’appelle Victor Renard….  On me surnomme parfois Victordu, à cause de ma tête penchée sur le côté. Un torticolis congénital m’inflige cette posture que vous pourriez prendre pour une pitrerie…  Je suis laid, ramassé, et toujours atteint d’une acné dont j’ai passé l’âge ».

Homme malformé, difforme, transformé au fil des ans par des carences affectives (une mère particulièrement odieuse), il sortira de cette condition à priori implacable grâce à une rencontre, celle d’un maître embaumeur qui lui apprendra les rudiments de la profession, lui permettant ainsi d’accéder à une certaine aisance matérielle.

Paris est alors une ville ravagée, insalubre, la mort règne et épouser ce métier est donc ce que l’on nommerait aujourd’hui un « créneau porteur ».  

Il faut aussi compter avec les « à-coté », les transactions sous le manteau, celles des grands artistes peintres, qui achètent des cœurs momifiés  pour en extraire des pigments rares. Ce sont les « mumies », qui circulent plus qu’on ne l’imagine aujourd’hui.   D’ailleurs, à la fin du livre, Isabelle Duquesnoy dresse une liste des lieux où sont actuellement exposées ou conservées des peintures réalisées avec lesdites mumies.  

Au fil des pages et jusqu’à la fin que je ne révèlerai bien sûr pas ici, Victor m’est apparu comme un être fragile, abimé,  en quête d’amour,  et sa plaidoirie, qui ne peut laisser insensible,  est un pur bonheur historique et littéraire. 

Il y a dans chez cet « Embaumeur » des relents du « Parfum » de Patrick Suskind.  Il y a la passion d’Isabelle Duquesnoy , il y a dix ans de travail , de recherches..  Il y a le plaisir du lecteur,  ce plaisir qui ne le quitte pas d’un bout à l’autre du livre... Il y a de l’humour,  de la tendresse, de l’amour…  C’est drôle, c’est truculent, c’est jubilatoire….   Ce roman m'est apparu comme un tableau, dont on découvre tous les détails en y regardant de très peu...Et quels détails !!! La passionnée d'art que je suis ne pouvait donc que trouver là un autre motif de succomber au charme peu commun de cette histoire.

Cerise sur le gâteau, Isabelle Duquesnoy est une personne généreuse, totalement incroyable, lumineusement humaine,  que j’ai eu la chance de rencontrer.  Et pour cela aussi je remercie Anne  et Arnaud et bien sûr les Editions de la Martinière.

© Nath