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Les hautes lumières

Xavier de Moulins

Editions JC Lattès  - 

Octobre 2017 –

356 pages

Rentrée littéraire 2017

 

Les hautes lumières, c’est l’histoire  de Nina et celle de Tahar. C’est leur histoire, et celle d’un petit garçon, qui les attend quelque part au Maroc.

C’est l’histoire d’êtres blessés, qui portent au plus profond d’eux des cicatrices, des carences, des doutes à fleur de peau, des plaies à vif, des deuils.  Deuil  d’un père adulé pour elle, ce père pour qui elle était son Arizona, son horizon, d’un pays de l’autre côté du détroit de Gibraltar pour lui, deuil commun d’un enfant que ni la Nature ni la science ne veulent leur donner, en dépit des multiples FIV qui échouent, immanquablement, clouant le cœur et le ventre de Nina à chaque fois un peu plus. Dix ans de lutte qui prennent fin , lors de cette ultime tentative, qui sera elle aussi un échec . Son « ventre est cassé ».

« Dix ans. Pour rien. Une route dont on ne voit pas la fin. S’arrêter et reprendre, se décourager et espérer, laisser tomber et éperonner de plus belle les flancs de cette volonté, puis reculer, abandonner, essayer d’appréhender la vie autrement. Et recommencer. S’accrocher toujours… C’est fini. Nina ne sera jamais mère ».

Les hautes lumières, c’est aussi l’histoire d’un autre couple. Lui aussi de l’autre côté du détroit de Gibraltar. Un homme et une femme qui s’apprêtent à offrir à un autre homme et à une autre femme l’enfant tant espéré.

C’est une rencontre inattendue dans le taxi que Tahar conduit, alors qu’il rêvait d’être footballeur…

Au fil du temps, au fil des choix, des non-choix, le couple se délite, les chemins semblent bifurquer. Il a, lui, cette petite voix qui le taraude de plus en plus …

« Choisis enfin ta voie, Tahar. Arrête de vouloir faire plaisir aux autres.  Choisis ta vie, mon garçon.  Es-tu sûr de vouloir suivre ce nouveau chemin ? »

Faut-il, dès lors, écouter ses désirs les plus secrets, les plus insensés, quitte à blesser les êtres que l’on aime le plus, ou que l’on a le plus aimé, quitte à rompre avec ses racines, avec sa culture, avec ce destin tout tracé et quelque part si rassurant ?

Avec une écriture aussi lumineuse que pudique, et des mots brodés comme la dentelle la plus fine, Xavier de Moulins aborde les sujets de la parentalité, du renoncement, des choix de vie, de la transmission, de la route toute tracée qu’il faut parfois quitter si l’on veut toucher ces Hautes Lumières,  celles qui peuvent éclairer votre chemin, tout comme elles peuvent vous brûler l’Ame et les ailes.

Vous l’aurez deviné, j’ai beaucoup, beaucoup aimé ce roman, incontestable coup de cœur pour moi de la rentrée littéraire..  J'ai aimé ce regard d'homme sur une problématique à priori féminine.  Et que dire de cette immense empathie, de cette humanité que l'on ne peut que ressentir, page après page (je pense là à la vision des "quartiers", de l'immigration, celle de la première génération) ?  J’ai versé des larmes salutaires, des larmes de mère, de femme…  Des larmes d’enfant qui a vu son père s’éteindre, et qui , pour lutter contre la fatalité , a voulu fonder une famille.

« A l’origine de son désir de fonder une famille, il y a l’amour d’un père qui s’éteint ».

Splendide, époustouflant, magistral, poignant, lumineux,  chaque mot, chaque ligne, chaque page de ce roman est une pure merveille !

Je remercie les Editions JC Lattès pour ces si belles sensations épidermiques,  ces émotions inouïes, le cœur  au bord des yeux, et la découverte de cet auteur à l’immense générosité.

© Nath