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Verre cassé

Alain MABANCKOU

Editions du Seuil – 2005 –

Editions le Cercle Points – Juin 2017 –

 

 « Verre Cassé, sors-moi cette rage qui est en toi, explose, vomis, crache, toussote ou éjacule, je m’en fous mais ponds-moi quelque chose sur ce bar, sur quelques gars d’ici, et surtout sur toi-même »

Verre Cassé, l’un de ces piliers du bar « Crédit a voyagé », à Brazzaville, est  un ancien instituteur, rongé par l’alcool.  Sollicité par le patron dudit  bar pour raconter la vie quotidienne de ces oubliés, ces miséreux,  ces invisibles qui fréquentent son établissement, il raconte… Il conte la vie là-bas, les illusions et les désillusions, il raconte l’Afrique, les femmes, la déliquescence d’une culture.. Il raconte ces personnages aussi hauts en couleurs que blessés en dedans.. . Il conte sa vie…

« en vrai habitué, je ne quittais plus Le Crédit à voyagé, j’y veillais, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente, je ne quittais pas ce lieu d’adoption, et je ne m’imaginais pas ailleurs que là ».

La magie Mabanckou, c’est de rendre alors le lecteur spectateur de ce ballet d’éclopés de la vie,  aux surnoms improbables. Il nous livre clés en main, une fable truculente, délicieuse, et subtile.  Mabanckou se fait conteur, peintre, passeur d’une mémoire, d’une culture.   Verre Cassé , c’est, à mon sens,  l’Afrique, celle qui se perd,  celle qui se cherche, celle qui possède en elle une richesse inouïe. D’ailleurs, l’Afrique on la respire , on l’entend, on la voit, on la touche, on l’écoute…

C' est également une ode à la littérature, de nombreuses références émaillent ce roman..

Certes le style peu commun (absence de ponctuation autre que les virgules notamment) peut déconcerter,  mais il apporte ce « plus » au bout du compte,  et génère cette impression d’entendre un griot un tantinet éméché débiter des brèves de comptoir loufoques en apparence (mais le burlesque cache bien souvent la détresse, ne croyez-vous pas ?). Certes, le vocabulaire, parfois trivial, peut déranger, c'est là mon tout petit bémol ... Mais il est vraiment petit, petit !

C’est drôle, c’est subtil, c’est jubilatoire,  c’est beau, c’est d’une pertinence incroyable, c’est du très grand Mabanckou !

Je remercie Lecteurs.com,  grâce à qui j’ai fait cette lecture.

© Nath