20171004_153534-1[1]

Frappe-toi le cœur

Amélie NOTHOMB

Editions Albin Michel  -  Août 2017 –

169 pages

Rentrée littéraire 2017

 

« Pour instaurer son règne, la jalousie n’a besoin d’aucun motif »

La jalousie est peut-être le personnage principal de ce roman d’Amélie Nothomb, sans doute l’un de ses plus percutants. 

"Frappe-toi le coeur", je l’attendais impatiemment, je l’ai dévoré avec ce bonheur teinté d’effroi  qui vous colle une avalanche d’émotions sismiques au fil des pages. 

On y découvre Marie, une belle jeune femme, brillante et objet de toutes les convoitises, masculines et féminines.    Elle aime être dans la lumière, adulée, regardée avec une envie qui frôle la jouissance pour elle. Le jour où elle devient mère pour la première fois,  c’est le drame, son empire s’écroule : en effet, l’enfant,  une petite fille (Diane) va attiser chez elle une jalousie pathologique et destructrice, à la frontière très ténue du mépris et de la haine. Diane va découvrir très tôt que celle qu’elle nomme sa « déesse ordinaire »,et à laquelle elle voue un amour inconditionnel,  n’est autre que sa mère.   Juste un  concept. Un mot.  Rien de plus.   Ses dernières illusions s’effondreront définitivement à la naissance de sa sœur cadette.

« Diane se rappelle le gouffre dans lequel elle avait failli tomber quand elle avait vu sa mère abreuver Célia d’un amour si exubérant alors qu’elle l’en avait délibérément privée ».

En dépit de ses carences, Diane essaie de se construire, choisissant de devenir cardiologue.  Pour réparer les coeurs blessés ?  Ou parce qu’elle a été impressionnée par une phrase d’Alfred de Musset « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie ». ?

Mais  parfois, il arrive que les mauvais génies nous poursuivent, et Diane sera rattrapée par son destin …

Je ne vous en dis pas plus, pour ne pas divulgâcher l’intrigue… Sachez juste que la fin est … saisissante !

Vous dire que ce Nothomb  est un excellent cru serait un doux euphémisme.  Cette histoire a résonné à plus d’un titre pour moi, et j’ai été profondément touchée, ébranlée par cette splendide étude de l’être humain, dans toute sa noirceur. Le lien mère-fille , quand il s’avère toxique, est magistralement disséqué.  Le sentiment de jalousie est subliment analysé. L’écriture coule, les pages défilent, et quel bonheur de retrouver la « griffe » Nothomb , ses formules délicieusement aphoristiques qui font tout le sel de ses romans, ( « Mon explication de l’univers s’écroule »),  cette plume concise, qui vous frappe…droit au cœur !

© Nath

« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. C’est là qu’est la pitié, la souffrance, et l’amour »  Alfred de Musset.