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J’ai tué papa

Mélanie RICHOZ

Editeur :  Slatkine & Cie - 2016 -

 

« Mon cerveau est une terre en constante rotation, soumise aux forces de gravitation exercée par les autres corps présents dans l’espace ».

Un thème ô combien douloureux et difficile constitue la trame de ce livre (roman, récit) de Mélanie Richoz, ergothérapeute en pédiatrie et écrivain (e)  : le syndrome autistique. Un sujet qui me tient à cœur, comme vous pouvez le constater au fil de mes articles sur ce blog.

« J’ai tué Papa » est une plongée dans le monde du silence. Celui qui enferme, qui étreint, celui qui étouffe, celui qui isole.  L’autisme avec ses singularités, ses rituels, ses stéréotypies, et son grand mystère.  L’autisme avec tout cet amour en dedans … L’autisme avec  la souffrance qu’il génère, avec ses cris retenus, ses peurs irrationnelles pour tout être rationnel.

Antoine est un enfant. Il est aussi autiste Asperger.  Ce roman choral fait entendre sa voix et celle de ses parents,  autour d’un évènement dramatique.  Des voix chargées d’émotions, des voix qui hurlent en silence le poids de la souffrance et de la solitude.  Qui disent aussi l’Amour.  Le désarroi. La difficulté de l’acceptation face au gouffre abyssal dans lequel ils sont plongés au quotidien.   Petite parenthèse personnelle, une maman d’élève me parlait, à ce sujet « d’apnée permanente ».

En alternance,  nous entendons donc la détresse d’Antoine  («  J’aimerais pouvoir…m’arrêter, stopper cette anxiété qui me donne le vertige où que je sois, quoi que je fasse. Tout le temps »).   Celle de sa maman, Clémence («Un gouffre béant et abyssal  qui met si souvent Antoine face au mur, malgré sa persévérance et l’énergie déployée à être normal ») et  celle de Jacques, son papa , dont nous percevons plutôt  les pensées, vous comprendrez pourquoi à la lecture. Un papa qui l’apaise en lui racontant l’histoire du Petit Prince.

J’ai été profondément bouleversée par cette lecture. L’écriture est d’une simplicité délicieuse et poétique à souhait.   Elle est empreinte d’une empathie lumineuse, d’une humanité et d’une tendresse à fleur de peau.   Elle est chargée de tolérance,  de bienveillance.  J’y ai retrouvé  les petits « Antoine » qui jalonnent mon chemin depuis plusieurs années, j’ai retrouvé leurs peurs, leurs  angoisses,  les murs silencieux qui  les entourent et dont il faut savoir trouver la porte. Celle du cœur.

Je remercie vivement les Editions Slatkine & Cie pour cette magnifique découverte, pour cet uppercut magistral en plein ventre, pour ces émotions si fortes nées de ces pages que j’ai tournées avec  une boule dans la gorge.

Un roman à découvrir donc. De toute urgence. Une belle leçon d’Amour et d’Humanité, en ces temps où l’égocentrisme fait un retour en force. Une ode à l’enfance différente.  A l’enfance tout court.  Merci, merci à l’auteure de rappeler qu’avant d’être rangés dans le tiroir TSA*, ces enfants sont avant tout des êtres en devenir.

*TSA : Troubles du spectre autistique (c’est comme ça qu’il faut dire maintenant)

© Nath