20171119_210259[1]

 

 

Tous les hommes sont des causes perdues

Mabrouck RACHEDI

Editions l’Age d’Homme – Mars 2015 -

 

Il y a les livres qui vous marquent , pour des raisons diverses, parce qu’ils sont parfaitement bien écrits, parce qu’ils vous ramènent, petites madeleines de Proust, à des moments-clés de votre existence.. Et puis il y a LE livre.. Celui qui vous a sauvé la peau. Parce qu’il est arrivé à un moment compliqué de votre vie.  Parce qu’il vous a tendu la main, comme la branche d’un arbre.  Une main solide que vous avez saisie et qui, depuis, reste accrochée à la vôtre. Par le mystère des mots. Ou d’une alchimie appelée Amitié.   « Tous les hommes sont des causes perdues »  fait partie, pour moi, de ces livres-là. Avec quelques autres, il est au Panthéon de mes amis de papier, mes amis salvateurs.

« Les histoires d’amour éternelles, c’est comme les blagues Carambar, y’en a qu’une sur mille qui marche. Contre la mathématique implacable des probabilités, on essaie, malgré tout, sachant qu’à la fin , on risque de se casser les dents ».

Adam est fleuriste.  Ou plutôt un artiste de la composition florale.  Un artiste tout court, dirais-je, lui qui manie la langue française comme Charles Ingalls manie la hache (n’y voyez rien de péjoratif, je suis une aficionada  de La petite maison dans la prairie).  Sofia est verbicruciste, elle fabrique les grilles des mots croisés.

Deux êtres que tout semble opposer. Leurs cultures, leurs familles, leurs visions de l’existence, de l’amour, de l’amitié, de l’avenir.   Et pourtant… Pourtant, quand le roman, commence, Sofia est sur le point de devenir « Madame Baldi ».    Ils s'aiment. Ils s'aiment d'amour.Tout roule, pourrait-on dire jusqu’au moment où …  Jusqu’au moment où une question apparemment anodine va , d’une pichenette, faire s’effondrer l’édifice.

Laissant la parole à chacun des protagonistes, et intervenant de temps en autre, l’auteur nous plonge au plus près de leurs pensées.  On est eux, intimement, profondément. On est Adam,  on est Sofia. On est le fruit de leurs cultures. Comme eux. On est  leurs doutes, leurs doutes respectifs et communs.   On est la fuite en avant de l’un et l’essoufflement de l’autre.  On est le rire, on est les larmes, on est tout cela.  La plume de Mabrouck Rachedi est aussi variée et colorée que la palette d’un peintre.  On retrouve au fil des pages les thèmes rémanents à ses romans : les différences culturelles,  les clichés qu’il faut combattre (lui le fait avec un humour délicieux, qui est le sien dans la vraie vie de tous les jours),  l’importance d’être soi.  Et bien sûr, un roman de Mabrouck n’est pas un roman de Mabrouck sans une allusion à sa chère mloukhiya !

J’ai beaucoup ri, j’ai beaucoup pleuré, j’ai adoré !   C’est certes une histoire d’amour, c’est une belle ode à la littérature aussi, mais c’est aussi un roman sociétal,  c’est une peinture vivante.  Tellement vivante qu’on a l’impression de les connaître réellement ces personnages…Qu’on se met en colère , qu’on les interpelle, qu’on les serre contre son cœur, qu’on les comprend (ou pas),  qu’on s’interroge.   Qu’on s’interroge sur l’amour,  sur ce qui le fait naître, sur ce que nous portons , au-delà des générations, de nos cultures, sur la confiance dans le couple.

La magie de « Tous les hommes sont des causes perdues » ne s’arrête pas à ce titre ô combien prometteur, il s’étale tout au long des 228 pages de ce roman que je vous recommande vivement, comme tous ceux de Mabrouck Rachedi.

© Nath