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Les passeurs de livres de Daraya

Delphine MINOUI

Editions Seuil – Septembre 2017

Document – 160 pages

 

« Au milieu du fracas, ils s'accrochent aux livres comme on s'accroche à la vie. Avec l'espoir des meilleurs lendemains. Portés par leur soif de culture, ils sont les discrets artisans d'un idéal démocratique. Un idéal en gestation, qui brave la tyrannie du régime. Qui défie, aussi, la brutalité des soldats au drapeau noir, destructeurs d'antiquités à Palmyre, auteurs du terrible incendie de la bibliothèque de Mossoul, en Irak en 2015. Des mercenaires de la paix face à la destruction prédicatrice. »

Ma médiathécaire, cette vile tentatrice, a encore frappé, en me conseillant vivement de faire connaissance avec  Les passeurs de livres de Daraya…  Et quelle claque !  Ce que l'on nomme communément et pudiquement "la question syrienne" me tient énormément à coeur : j'ai été et demeure bouleversée par cette tragédie, par ces populations anéanties, par Alep, par Homps...

Ce document , écrit par Delphine Minoui, grand reporter au Figaro, et spécialiste du Moyen-Orient, colle à la peau de l’affreuse actualité, celle d’un pays en lambeaux, la Syrie, et plus particulièrement d’une ville martyre.

Située dans la banlieue de Damas, Daraya a été la proie d’incessants  bombardements qui l’ont détruite,  isolant et affamant une population abandonnée et désespérée.  Pour affronter  l’horreur, la peur, le néant, le sang, la mort, la guerre et les privations, de jeunes syriens ont eu l’idée de créer une bibliothèque, un abri clandestin, une agora cachée, un lieu de résistance : les livres comme « armes d’instruction massive » contre les « armes de destruction massive »..

Ayant découvert par hasard une photo de cet endroit secret, Delphine Minoui  est entrée en contact avec ces jeunes, ceux-là même qui avaient vingt ans lors du Printemps Arabe. Ceux-là même, qui , face aux tirs des soldats du régime en place, ont répondu en leur offrant des bouteilles d’eau et des roses.  Dès lors, témoigner est devenu pour elle une urgence, une nécessité.

Du Petit Prince aux ouvrages de développement personnel,  de l’Alchimiste aux grands penseurs du monde musulman,  des livres prohibés par le le gouvernement aux  poètes comme Mahmoud Darwich, ils luttent. Les yeux plissés pour affronter l’obscurité, ils se nourrissent en lisant. Un livre à la main, parfois sur la ligne de front,  le baril de poudre pas loin, ils combattent pour la Liberté.    Durant les quatre années que durera le siège,  chaque lecture sera une fenêtre d’ouverture sur le Monde.

Les passeurs de livres de Daraya est un témoignage d’une puissance rare.  Les mots sont beaux, lumineux,  intenses.   Ils  prennent au ventre, ils ramènent à la réalité, celle que l'on tait. Ils sont Espoir , Humanité et Lutte.  Ils sont Halos dans le chaos.

Vous l’aurez sans doute compris,  cet essai est totalement transformé pour moi…  C’est un immense coup de cœur, une lecture indispensable, un livre à posséder absolument, un hymne à la Liberté, une leçon de vie, une immense, immense claque, ainsi que je vous l’annonçais tout au début de cet article…   Un seul mot d'ordre donc : lisez-le !!!

« A l’ombre de la guerre, les phrases peuvent de nouveau vibrer. Elles sont la marque du temps qui reste quand tout est condamné à disparaître. Elles frémissent de tous ces mots,  ceux de la sagesse, ceux de l’espoir, de la science, de la philosophie, qui résistent à la poudre d’explosif »

 © Nath

NB : Je lirai des extraits de cette merveille lors de la nuit de la Lecture,   dans ma médiathèque-lieu de perdition que j’aime, et je vous avoue que je suis fière de mon choix !

A regarder en complément, ce reportage extrêmement intéressant :