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Le parfum de l’hellébore

Cathy BONIDAN

Editions de la Martinière – Janvier 2017 –

 

Connaissez-vous le parfum de l’hellébore, cette fleur dont on pensait qu’elle soignait la folie ?           

C’est aussi le titre d’un roman…  Une pépite signée Cathy Bonidan. Une merveille que je viens de refermer, des étoiles plein les yeux. Un premier roman comme je les aime, tout en délicatesse et sensibilité, tout en lumière et pénombre…

Une histoire dédiée à «tous les enfants qui décrivent le monde dans la marge de leurs cahiers » ne pouvait que me séduire, vous vous en doutez…  Cela a été au-delà de toutes mes espérances, j’ai été profondément émue par cette lecture,  et j’ai eu bien du mal à quitter les personnages qui m’ont accompagnée ces jours derniers.

Dans sa première partie, « Le parfum de l’hellébore » met en présence deux jeunes filles, Anne  (18 ans) et  Béatrice (13 ans) .  Nous  sommes alors en 1956, et toutes deux se retrouvent, pour des raisons différentes dans un hôpital psychiatrique parisien.   Toutes deux ont un rapport étroit à l’écriture, puisque nous découvrons la première par l’entremise de ses échanges épistolaires avec sa meilleure amie, et la seconde grâce à son journal intime.  Cette relation à l'écrit va les rapprocher, et c’est également ensemble qu’elles vont découvrir le quotidien d’un enfant autiste, Gilles, lui-même hébergé dans cet établissement, ainsi que son étrange relation avec Serge, le jardinier de l’établissement, seul adulte accepté par celui qui les intrigue tant.  C’est avec une grande émotion que l’on découvre ces mots, c’est avec stupeur que l’on aborde le sujet de la prise en charge des adolescents anorexiques et des enfants autistes il y a plus d’un demi-siècle, alors même que cette prise en charge était balbutiante. Le journal et les lettres cessent brusquement, après 9 mois et c’est avec une certaine tristesse que l’on quitte Anne, Béatrice, Serge et Gilles.

Soixante ans plus tard…  Sophie, une jeune étudiante , retrouve, par le fruit du hasard, leurs traces, et part à leur recherche.   L’ombre de chacun, de chacune, plane délicieusement sur cette seconde partie , très différente de la première dans sa forme, mais tout aussi prenante et émouvante.  D’un mode épistolaire, on passe à une écriture plus vive, plus actuelle, mais tout  aussi addictive,  tant et si bien qu’il est impossible de refermer ce roman avant d’en  découvrir  les derniers mots.

La plume de Cathy Bonidan est lumineuse,  touchante par sa simplicité, sa beauté et sa pudeur.  J’ai été sensible aux divers sujets abordés, notamment cette vision de l’autisme,  et ce regard si singulier sur l’enfant qui en est atteint.  J’ai aimé ces jeunes filles, qui n’ont  d’autres armes que leurs écrits et leurs sensibilités propres pour faire face à une société encore rétive à l’émancipation des femmes.

Coup de cœur donc , pour ce beau premier roman et un merci tout particulier à ma médiathécaire, une fois encore à l’origine d’un beau , d’un doux moment.

« Ici, ma chère Lizzie, la démence a pénétré chaque âme qui erre au milieu du parc comme à la porte de l’enfer. Le regard des adolescents est marqué par la condamnation qu’ils ont reçue,  cette sentence que personne ne pourra effacer, même à vivre encore cent ans ».

© Nath