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Les loyautés

Delphine de VIGAN

Editions JC Lattès – Janvier 2018 –

Rentrée littéraire d’hiver

208 pages

 

Comme beaucoup d’entre nous je pense, je l’attendais impatiemment, ce nouveau cru…  Mes attentes n’ont pas été déçues , car ce tout dernier roman de Delphine de Vigan est pour moi un énorme, énorme coup de cœur .

« Les loyautés…   Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses…  Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous tenons droits… Nos ailes et nos carcans…   Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves ».

Dans ce récit choral (forme que j’apprécie tout particulièrement), quatre personnages se croisent, se livrent, ouvrent les vannes et les valves de leurs cœurs, de leurs vies,  de leurs blessures.

Les voix de deux adultes et de deux enfants alternent, et c’est le souffle coupé que j’ai suivi leurs déambulations obscures.

Il y a Hélène, professeur dans un collège.  Une femme au parcours accidenté et douloureux. Une âme  à vif, de celles qui savent voir l’invisible, ces cicatrices cachées,  qui savent entendre les maux tus. 

« Je suis la seule à voir ses blessures, à voir qu’il saigne ».

Il y a Théo… Théo, douze ans et demi, déchiré en dedans, tiraillé entre une mère qui l’ignore et un père qui s’ignore.   Théo qui s’auto détruit, qui s’abîme dans une abîme dont personne ne parvient à l’extirper,  pas même Mathis, son meilleur ami (le seul d’ailleurs). 

Mathis est le témoin «partie prenante » de cette descente aux enfers.  Un gamin lui aussi en souffrance. 

« Ils n’ont pas eu besoin de parler pour savoir qu’ils pouvaient s’entendre ».

Fils de Cécile, mère et épouse dévouée,  qui prend enfin la parole pour dérouler au fil des pages le récit de son propre naufrage, de sa prise de conscience, de son effroi  face à la fissure qui lézarde la façade de son bonheur presque parfait.

« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour , comme une encre sale, antipathique, se révèlerait  sous la chaleur de la flamme ?».

Les quatre voix  (Hélène,  Théo, Cécile et Mathis)  vont se succéder ,  dans une spirale sombre, laissant peu de place à la lumière.  Seules les deux femmes, les deux adultes,  s’expriment en leurs noms propres, avec le « Je ».   Théo et Mathis sont « Il»…. Une troisième personne qui souligne leur inexistence, cette souffrance absconse en filigrane.

Ce roman est court, mais d’une puissance intense,  du début à la fin , totalement effroyable : un coup de cœur, un séisme émotionnel, une claque magistrale..  Les thèmes abordés  (la maltraitance envers les enfants, comment se construire sur des fondations délabrées, jusqu'où peut-on se taire, et s'impliquer, la relation parents/enfants déviante, le long chemin vers soi) m'ont bouleversée. Vraiment. Beaucoup !

Je remercie vivement les Editions JC Lattès qui m’ont permis de le découvrir avant sa parution.

© Nath