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Une longue impatience

Gaëlle JOSSE

Editions Noir Sur Blanc – collection Notabilia-  Janvier 2018

192 pages

Rentrée littéraire d’hiver

 

« Ce soir, Louis n’est pas rentré. Je viens d’allumer les lampes dans le séjour, dans la cuisine, dans le couloir. Leur lumière chaude et dorée, celle qui accompagne la tombée du soir, si réconfortante, ne sert à rien. Elle n'éclaire qu’une absence ».

Il est certains romans  qu’on peine à chroniquer, tant l’apnée post-lecture vous enserre le cœur et vous noue le ventre. J’ai refermé « Une longue impatience », le dernier-né de Gaëlle Josse paru en cette belle rentrée littéraire aux Editions Noir sur Blanc, avec cette sensation-là, avec cet arrière-goût d’iode, de large, de vide, d’absence, d’éclipse. Avec ces émotions à fleur de peau, distillées au fil des pages.

Cette longue impatience, cette attente infinie, c’est celle d’Anne Quémeneur, depuis que son fils Louis, âgé de seize ans, n’est pas rentré, à la suite d’une énième altercation avec Etienne, son beau-père.

Alors, tous les jours, elle va guetter l’horizon, avec l’espoir que l’un des bateaux aperçus au loin le lui ramène. Saison après saison, année après année, elle gravira le chemin qui mène au point depuis lequel elle l’attend. Désespérément. Pour rester debout.

« Je m’invente des ancres pour rester amarrée à la vie, pour ne pas être emportée par les vents mauvais, je m’invente des poids pour tenir au sol et ne pas m’envoler, pour ne pas fondre, me dissoudre, me perdre »

Elle lui écrira des lettres poignantes, adressées à « Louis le Floch, loin en mer ». Elle l’attendra comme on attend un nouveau début.  Ou une fin.

« Lorsque tu reviendras,  ce sera une délivrance.  Oui, je serai délivrée, de tout, et heureuse, même si ce mot m’effraie à prononcer tant il est absolu »

 Elle continuera jour après jour, cheveux blancs  après cheveux noirs, à être la digne épouse d’Etienne, le pharmacien du village, qui l’aime tant. Qui l’aime peut-être mal.   Elle essuiera ses larmes et les sarcasmes des bien-pensants. Elle espèrera, déchirée et déchirante.

J’ai été bouleversée par ce roman, par cette histoire  de femme, de mère, par cette alternance entre un récit sombre et des lettres lumineuses. L’écriture de Gaëlle Josse  est, comme toujours, aussi belle que pudique,  aussi fine que sensible. C’est un très gros, un très beau coup de cœur, que je vous recommande vivement !

Je remercie les  Editions Noir sur Blanc  pour ce branle-bas émotionnel !

© Nath