9782709659840-001-T

 

 

Eparse

Lisa BALAVOINE

Editeur : JC Lattès – Janvier 2018

Rentrée littéraire d’hiver

208 pages

 

« J’ai  l’impression qu’en me défaisant de mon ancienne peau, celle du dessous me correspond vraiment. Je gratte, je creuse, je fore.  Je cherche la transparence qui sera l’évidence ».

Comme bon nombre d’entre nous, sur la planète blogosphère, j’ai découvert Eparse, de Lisa Balavoine, magnifique premier roman grâce au bouche-à-oreille (je remercie bien sûr les deux amis qui se reconnaîtront sans aucun mal). J’ai très vite pressenti l’urgence de le lire.   Intuition féminine (infaillible donc) dirons-nous.  Ce qui fut fait.  Deux fois. Oui, il m’a fallu deux lectures pour le savourer pleinement, comme il le mérite. Pour mieux me nourrir de ces morceaux de vie épars, en friche, qui me ressemblent tant !

J’ai plongé dans cet océan d’instantanés posés là, simplement là. Sur du papier.  Avec cette impression de miroir, d’écho, de « mais c’est moi ! ». Avec ces larmes qui jaillissent , ces rires qui fusent (car ce roman est  également très drôle). Avec cette impression étrange qu’en partageant mes fragments, je me sentirais moins éparse.

« Il serait question d’aimer, il serait question de raconter. C’est ce qui se fait de nos jours, raconter. Mettre en mots. Encrer. Déverser. La sueur, la moelle, le sang. Le beau comme le sale.  Ce qui brûle là, au –dedans..  Une histoire qui se plante de trajectoire. Une histoire qui ne va pas tout droit ».

Lisa Balavoine a ceci de formidable , sa plume a ceci d’incroyable, d’artistique et de magique, c’est qu’elle fait de son quotidien le nôtre.  Les parents, les photos d’eux ensemble que l’on n’a pas ( les photos qu’on n’a pas tout court) , les amours, la maternité, les enfants qui grandissent, le travail, la « galère »  et puis pêle-mêle, la musique, le cinéma, les mots qui vont et qui viennent, le temps qui passe… La vie éparse et éparpillée. Parce qu’on n’y peut rien. Parce que c’est comme ça .. Et qu’on a beau gratter, et gratter, il faut faire avec … Ou sans…  La vie avec ses fractures, ses doutes, ses fêlures, ses désirs,  ses joies infinies. Avec cette soif d’amour, aussi grande que petite est la confiance en soi .

« Vous faites de cette quête l’essence même de ce que vous êtes, une petite fille qui a souffert de grandir toute seule dans le corps d’une femme qui veut croire qu’elle ne dépend de personne ».

Alors, pour conclure, parce qu’il faut bien, je dirai qu’Eparse a fait remonter en moi des moments anesthésiés, des cicatrices que je pensais enfouies sous la peau, des manques absolus et définitifs.  Mais aussi tous ces  morceaux disséminés qu’il ne faut après tout peut-être pas essayer de recoller  « Et de garder au fond de moi l’assurance qu’un jour, les regrets peuvent devenir de  doux  souvenirs ».  De toute façon, je n’ai jamais été la reine du puzzzle..

Au fil des pages, Lisa Balavoine, avec un talent fou, m’a permis de comprendre que chacun assemble après  tout comme il peut les morceaux du puzzle de sa vie .  De ses vies.   Sachant qu’on peut toujours être heureux.

Bon, je réalise que cette chronique est sans doute un peu brouillon… Un peu « éparse », mais elle est le fruit sincère d’une lecture bouleversante, puissante, passionnante.

Immense, immense coup de cœur donc, pour lequel je remercie l’autrice (moi aussi je me force à le dire et à l’écrire), et les Editions JC Lattès.

© Nath