20180219_085055

 

 

Correspondance 1944- 1959

Albert CAMUS , Maria CASARES

Avant-propos de Catherine CAMUS

Editions Gallimard – Collection Blanche

1312 pages

 

« Je t’aime plus que jamais. Ah !  tu ne sais à quel point !  Que ne donnerais-je pas pour t’avoir près de moi ce soir !  Mon amour, mon chéri, je suis brûlante, les tempes me font mal , j’ai du feu aux paumes et la gorge sèche.  Je ne sortirai  plus : tu  me manques trop partout et en rentrant ton absence me devient intolérable….   Mon chéri, je t’embrasse longuement comme je désire t’embrasser ce soir »  (Lettre de Maria Casarès à Albert Camus, le 11 février 1950)

« Il y aura bientôt trois semaines que je suis parti et le temps maintenant va passer vite. Nous retrouverons notre complicité , la chère amitié, le désir solaire qui est entre nous, la jouissance  profonde, notre amour enfin….  A bientôt mon âme, ma petite bête, ma chère vie. Je t’embrasse doucement et furieusement comme je t’aime. » (Lettre d’Albert Camus à Maria Casarès , le 7 février 1951).

J’avais récemment lu et beaucoup aimé les « Lettres à Anne », de François Mitterrand.

Il faut dire que je suis de celles qui aiment les mots,  les mots tendresse, les mots d’amour, les mots précieux, les mots soleil, les mots rêvés. Ceux qui vous illuminent d’en-dedans juste en les lisant, en les prononçant à voix basse, un peu comme pour se les approprier.  Se nourrir de cette magie céleste, par la tranparence des mots et des sentiments.

« Correspondance » me faisait de l’œil , ou du pied, ou du charme , c’est au choix, depuis un moment, et il a fallu tout l’amour de deux amies très chères (dont ma marraine littéraire ) pour qu’il arrive entre mes mains (Happy B-day to me ).

Camus m’a accompagnée tout au long de mes années lycées, et bien au-delà. Je suis tombée sous le charme littéraire de ce génie, sous le charme tout court de ce révolté à fleur de peau.

Par contre, de Maria Casarès, je ne connaissais quasiment rien, hormis qu’elle fut une grande actrice.

Cette correspondance entre eux, c’est celle d’un Amour Absolu… Qui les unit durant quinze ans.   C’est huit cent soixante-cinq lettres1200 pages passionnées, flamboyantes.  Un Amour sublime et sublimé.  C’est l’osmose éclatante de deux âmes solaires qui devaient forcément se rencontrer . C’est l’absence qui fait mal , c’est l’absence qui délivre, c’est l’absence qui illumine chaque instant. C’est le cœur qui bat plus fort,  c’est la vie. Leur vie, leurs vies.  Pudique. Pudiques.  C’est ce rêve qu’elles soient un peu nôtres.

Et puis, c’est aussi,  et il ne faut pas l’oublier, une plongée dans le Monde culturel des années 1950.  Celui de la création arrivée jusqu’à nous.

C’est l’histoire d’un Amour.  D’une  Passion.   C’est Camus . C’est Maria.

C’est un chef d’œuvre,  dans lequel je me replonge régulièrement, parce qu’on touche au sublime là , et que ça fait du bien !  Pavé me direz-vous ?   Je vous répondrai lecture magistrale, splendide, admirable, indispensable.  Un pavé qui donne envie d’y croire plus fort encore !

« Bon. Dernière lettre.  Juste pour te dire que j’arrive mardi , par la route, remontant avec les Gallimard lundi… Je te téléphonerai à mon arrivée, mais on pourrait peut-être convenir déjà de dîner ensemble mardi. Disons en principe, pour faire la part des hasards de la route – et je te confirmerai le dîner au téléphone.  Je t’envoie déjà une cargaison de tendres vœux, et que la vie rejaillisse en toi pendant toute l’année, te donnant le cher visage que j’aime depuis tant d’années (mais je l’aime soucieux aussi, et de toutes les manières). Je plie ton imperméable dans l’enveloppe et j’y joins tous les soleils du cœur »  (Lettre d’Albert Camus à Maria Casarès le 30 décembre  1959.)

(Le 4 janvier 1960, après une étape sur  la route, Albert Camus est tué sur le coup dans un accident de la route.  C’était réellement sa dernière lettre)

© Nath