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Ombre parmi les ombres

Ysabelle LACAMP

Editions Bruno Doucey – Janvier 2018 –

 

Il est là, rayonnant et solaire, sur la couverture du livre. Lui, Robert Desnos, libre poète et homme libre. Il est là et il sourit. Il embrasse l’humanité toute entière de son « regard transparent. Incandescent". Il est là, vivant, sous la plume d'Ysabelle Lacamp.

L’amoureuse de la poésie que je suis, et tout particulièrement de celle de Desnos, ne pouvait donc que savourer ce roman qui retrace les quatre dernières semaines de vie du poète au camp de Terezin,  alors même qu’un chant de Liberté retentissait dans l’Europe entière.

Ombre parmi les ombres, c’est la rencontre de deux soleils.  Il y a Robert, et il y a Leo. Leo Radek, textuellement « le Bienheureux ». Enfant de Terezin,  combattant et survivant, chargé par son Desnos de témoigner. . .

 « Poètes libres, vous l’étiez, enfants de Terezin, même si vous le deviez aux forces malignes du monde. Mais sache, p’tit père, qu’à certains, il aura fallu une vie entière avant de le devenir ».

Il faut savoir que Terezin est un camp pas tout à fait comme les autres. Il est en effet la « vitrine du Reich », la ville promise par Hitler aux juifs.  Une « sinistre mascarade », un « camp-paradis ».  Le cynisme  est poussé jusqu’à bâtir la ville forte en forme d’étoile à six branches. Mais  il faut aussi savoir que ce même endroit a été un lieu de résistance par l’art et la culture, lesquels étaient dispensés aux enfants, de façon clandestine.  Sur les quinze mille enfants déportés dans ce lieu maudit, une centaine a survécu.

Les chemins de ces deux « arbres jumeaux » vont se croiser pour n’en faire plus qu’un. Celui qui mène à la Liberté, dusse t’elle passer par l’obscurité,  par la mort. Leurs histoires vont se mêler : celle de l’enfant qui a résisté en découvrant Hugo, Baudelaire et Verdi , et celle du poète déporté pour avoir dit Non.

C’est avec une immense émotion que l’on retrouve  André Breton, le Corsaire Sanglot, Fantômas, et bien sûr les deux Y du cœur de Robert , Yvonne et Youki.  Ses deux amours.

C’est la gorge serrée que j’ai écouté l’enfant évoquer le départ de ses parents, de ses amis, pour les camps de la mort.  

C’est avec émerveillement que j’ai suivi ces deux résistances, ces âmes liées.

Celles et ceux qui me connaissent ou ont déjà erré sur ce blog savent le coup de foudre que fut pour moi le roman de Gaëlle Nohant « Légende d'un dormeur éveillé », et  aussi combien j’aime et admire Robert Desnos. Le retrouver, dans un registre différent, mais avec une égale sensibilité et une écriture admirable, fut pour moi une source d’émotions et de bonheurs (au pluriel !).

Mêlant fiction et histoire, Ysabelle Lacamp rend un vibrant hommage  tant à Desnos qu’aux enfants oubliés de Terezin.   Un hommage à la Poésie, à la Liberté, à la Résistance, à l’Espoir, à la Vie, à la Création salvatrice.   Un hommage à tous ceux que le temps a balayés et qui pourtant ont contribué à ce monde qui est le notre, bringuebalant bien souvent. Libre toutefois. A condition que l’on retienne ce qui doit l’être.  C’est aussi une résonnance, dont il faut saisir le son, une drôle de résonnance, comme un écho…

« C’est alors que je l’ai vue. Minuscule au pied des barbelés.  Corolle tremblante d’un incroyable rose fragile, tranchant au milieu du vert-de-gris qui recouvrait le camp comme de la cendre. Unique et solitaire, une fleur avait trouvé le moyen de pousser dans le désert, preuve que la vie, en définitive, était plus forte que la mort »

Un grand, grand merci aux Editions Bruno Doucey pour ce bijou-coup de coeur ! 

© Nath