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La petite fille sur la banquise

Adélaïde BON

Editions Grasset – Mars 2018 –

256 pages

 

« Elle essaye d’être gentille, de ne pas décevoir. Elle est de plus en plus triste, elle ne sait pas pourquoi. Elle sourit, elle ment, elle donne le change. Elle a honte. Surtout, que personne ne s’en rende compte, ne pas laisser deviner, ne rien laisser paraître ».

La petite fille sur la banquise, c’est elle. Adélaïde Bon.  La banquise et les méduses se sont emparées d’elle quand elle avait neuf ans.  Le jour où elle a subi cet acte immonde nommé viol.   Un mot qu’elle ne pourra poser que bien longtemps après son agression, car elle va l’enfouir tout au fond de sa mémoire. Sous la banquise.  Elle va grandir avec cette chose non nommée, non identifiée, ce mal en elle, avec la haine d’elle-même, de ce corps qu’elle déteste sans comprendre pourquoi.  Le mal pour endiguer le mal, la peur. Ce mal qui la ronge, ces méduses qui s’immiscent en elle, sans qu’elle puisse les maîtriser.  Destruction,  Auto-destruction pour et par une enfant éparpillée.

« De jour en jour, les méduses se propagent ».

Alors, « je » devient « elle ».  Avec cette impression de dédoublement.  De vie parallèle à la sienne.  De « vivre sa vie à ses côtés ».

Il faudra vingt-trois années de souffrance, d’errance, de douleurs… Il faudra un coup de téléphone, celui de la délivrance, celui qui lui apprendra l’arrestation de l'homme qui a brisé son enfance.  Vingt-trois ans pour poser les mots sur les méduses : viol,  amnésie traumatique.  Elle se souviendra. Par bribes. Elle évoquera ces trois carambars achetés en secret et pour lesquels elle pense avoir été punie. Elle découvrira l’existence d’autres petites filles sur la banquise.  Elle se retrouvera dans leurs « miroirs tordus ». 

Le « Elle », le « Tu » pourront enfin devenir « Je »

Adélaïde choisira la voie de l’écriture. Pour se construire enfin.  Pour quitter la banquise.

Ce livre-fleurs de papier éteindra les ténèbres qui l’enserrent. Pour notre plus grand bonheur.

« La petite fille sur la banquise » est l’histoire d’une réparation.  C’est une ode à la littérature salvatrice, à la splendeur des mots qui cautérisent les maux. 

Le roman est aussi âpre que beau, servi par une écriture au plus près de la réalité, au plus près du plus juste, au plus près de l’intime.   J’avoue que j’appréhendais cette lecture, faite dans le cadre de ma participation au jury Coup de coeur des lectrices - Version Femina, tant le sujet me glace. !   Quelle beauté en dépit de l’obscurité ! Un coup de coeur qui porte bien son nom !

« La vie n’abandonne jamais, au tréfonds des océans, dans les ténèbres, elle luit ».

© Nath