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La débrouillardise

Lucie LAND

Editions Grasset – février 2018

342 pages

 

La débrouillardise, c’est le maître-mot de Katarina, le personnage principal du roman de Lucie Land.  Jeune fille totalement atypique, libre comme l’air qu’elle respire, elle a été renvoyée de son lycée.  Sa vie se partage depuis entre errances parisiennes diurnes et musique nocturne.

Ah oui, j’avais oublié de vous préciser que Katarina est Rom.  Elle vit avec son père et ses frères dans une caravane, posée dans un campement. Sa mère est décédée dans des conditions tragiques (pour en savoir plus, il faut lire « Gadji » précédent roman de l’autrice).  La musique est le trait d’union entre les membres de cette famille, mise en marge d’une société dans laquelle elle ne se reconnaît pas et qui ne la reconnaît pas davantage.

Katarina, ce qu’elle aime, c’est être libre. Et puis aussi lire. Lire beaucoup. Et écrire.  Vivre, lire, écrire, sans entraves, sans joug, sans direction imposée

Cette quête de liberté absolue,  cette quête d’indépendance trouvent peut-être leur source dans ce manque maternel qui revient au fil des pages, lui donnant paradoxalement la force de ne pas se conformer à un moule sociétal, d’aller de l’avant,  au nom de la liberté d’Etre soi.

« Mama, tu m’as toujours fait confiance, alors survivre n’est pas si compliqué. Tu vois, je suis auprès de tes fils dont tu étais si fière, et auprès de ton Zéus… Ne crains rien, on n’est pas des moutons. Si la porte est fermée, on passera par la cheminée. Si y’a pas de cheminée, on creusera un tunnel. Papa a raison. Pour les choses mécaniques, on peut toujours se faire remplacer, ni vu ni connu.  Pour le reste, la joie et la transmission, chacun est indispensable ».

De Paris à Marseille, de la caravane familiale misérable au soleil méditerranéen, de la musique au silence, Katarina avancera. Sans se retourner.

L’écriture est lumineuse, musicale. Elle s’envole et virevolte. Elle est Vie, elle est parfois nostalgie, parfois tristesse, mais toujours Espoir.

« Je me remets à trottiner. Je n’ai pas de passé. Je suis la femme légère ».

Lucie Land est indissociable de Katarina, et inversement : deux jeunes femmes libres, liées par l’écriture, l’une ayant donné naissance à l’autre. Ou l’autre ayant donné à l’une, qui sait ?  La débrouillardise, outre un hymne à la liberté, à la tolérance, à la musique, à la littérature, et à l’écriture, est un splendide conte initiatique.

Je remercie les Editions Grasset pour cette belle découverte.

© Nath