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Est-ce ainsi que les hommes jugent ?

Mathieu MENEGAUX

Editions Grasset -  Mai 2018

 

Est-ce ainsi que les hommes jugent est le troisième roman de l’un de mes auteurs-chouchous, Mathieu Menegaux.

Foudroyée par «  Je me suis tue », renversée par « Un fils parfait », c’est à bout de souffle que je viens de tourner l’ultime page de ce turn-over, véritable plongée en apnée dans les arcanes de la justice injuste, dans les méandres les plus obscurs de l’âme humaine, et dans le monde parfois immonde des réseaux sociaux.

Gustavo est un homme tranquille. Marié à Sophie, père de deux garçons,  cadre supérieur, pavillon en banlieue, l’image même de la réussite et de la sérénité, idéale pérennité. Il est d’origine argentine, mais sa mère a voulu qu’il grandisse en France, pays des Droits de l’Homme et de l’égalité des chances. 

Cet équilibre va se trouver bouleversé un matin de mars 2016, par l’irruption de la police chez lui. Perquisition, garde à vue, interrogatoires, et sidération totale lorsqu’il prend connaissance des motifs de ce cauchemar : tentative d’enlèvement et homicide volontaire.  Actes qui auraient été perpétrés trois ans auparavant.

Tout cela aurait pu donner lieu à un roman d’été, de ceux qui vous font passer un bon moment, doigts de pieds en éventail au bord de l’eau, de ceux qui glissent sur vous, et que vous avez tôt fait d’oublier une fois refermé.  Loin de la facilité, Mathieu Menegaux va encore une fois, plus loin que loin.  Du genre on dépasse les bouées qui balisent l’espace réservé aux nageurs, pour entrer dans les grandes eaux.  Il vous embarque,  vous séquestre et ne vous lâche pas. 

 La magie de la « griffe Menegaux », c’est cet art qui est le sien de vous faire plonger dans les pensées de chacun des personnages, avec une force absolument percutante. Vous êtes Gustavo, vous crevez de peur, parce que vous n’avez rien fait, et que personne ne veut vous entendre. Condamné d’office.  Oubliée la présomption d’innocence !  Vous n’avez rien fait d’autre que de posséder la même voiture que l’assassin, le vrai. 

Vous êtes Sophie, vous vous battez à ses côtés comme une lionne, pour sauver l’homme que vous aimez, pour préserver votre famille…

 Vous êtes ce policier, le commandant Defils. Vous avez promis à une enfant orpheline , trois ans plus tôt, de retrouver le meurtrier de son père. Vous approchez de la retraite, vous vous voulez tenir votre parole, coûte que coûte.

Vous êtes les enfants de Gustavo et Sophie, vous êtes Claire, jeune fille déchirée, qui rêve de vengeance.

Vous êtes le spectateur de cette descente aux Enfers, de cette traversée du Styx, à laquelle vous assistez en toute impuissance.  Vous avez juste envie de bannir à jamais ces chaînes dites d’information, qui au nom du dieu Audimat, sont prêtes à tout.  Et que dire des réseaux sociaux, des hastags haineux, des dénonciations péremptoires, calomnieuses, dignes d’une époque que l’on pensait révolue ?

Brûlant d’intensité, et collant à l’actualité, écrit  (comme toujours)  avec une plume acérée et impitoyable,  avec ce talent qui fait qu’on aime forcément son auteur, Est-ce ainsi que les hommes jugent est l’un de ces romans qui vous clouent sur place, qui vous transpercent le cœur. 

Petite note personnelle :   j’ai été très touchée également par les deux allusions à Aragon (le titre et le clin d’œil dans les remerciements) .

© Nath