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Le cas zéro

Sarah BARUKH

Editions Albin Michel -  Mai 2018 –

 

C’était il y a un peu plus d’un an. Je découvrais l’écriture de Sarah Barukh, et son si beau roman « Elle voulait juste marcher tout droit » (Editions  Albin Michel ). J’avais alors été subjuguée par la finesse, la pureté et la grande Humanité de cette toute nouvelle plume.

Et puis voilà , le roman numéro deux est arrivé.    C’est très émue que je l’ai ouvert et refermé, et il m’a fallu bien du temps pour arriver à aligner ces quelques piètres mots et vous en parler.

Sarah Barukh explore cette fois le monde médical. Non pas à la façon d’une énième série américaine ou d’un roman Harlequin, avec une incontournable histoire d’amour sur fond de salle d’opération et accessoirement de patients qui ne sont que des sujets secondaires.   Elle l’examine, ce monde médical, par le petit bout de la lorgnette.  Elle soulève avec une pudeur infinie le voile diplomatique qui a recouvert, il y a trente cinq ans, le début de l’épidémie du Sida en France. Il fallait oser.  Elle l’a fait. Et bien fait. Magistralement même.

Pour vous en dire quelques mots , l’intrigue se situe en 1982, quelques jours avant Noël. Laurent Valensi est médecin à l’hôpital Saint-Louis, à Paris. Un médecin passionné, un homme passionnant. Avec ses fêlures, ses failles, ses doutes et par-dessus tout son attachement viscéral au serment d’Hippocrate, lequel n’est pas pour lui un concept abscons.  Par un concours de circonstances, il va découvrir l’existence d’un patient caché (ou plutôt d’un dossier, car l’implacable administration gère bien sûr  des dossiers, pas des humains , des numéros), dont il ne faut surtout pas révéler l'existence. Celui-ci sera le « Cas zéro ».  Le premier cas du Sida sur le sol français.  Il est évident qu’alors, on ignorait tout sur ce qui était considéré comme le « cancer gay » ou « la peste du vingtième siècle », sans parler de la punition divine .

Laurent va alors prendre tous les risques, s’opposant à une hiérarchie bien frileuse (comme je suis  dans un bon jour, je n’en dirai pas plus, je vous laisse vous faire votre propre opinion sur ladite hiérarchie à la lecture). Ecartelé entre ce qu’il considère comme son devoir et sa famille, il va lutter.  Qui va prendre le dessus ? L'époux, le père de famille, ou le médecin ?

« Le cas Zéro » est un thriller oui.   C’est une course contre le temps, contre l’implacable.  C’est avant tout, à mon  sens, la dénonciation de la passivité,  du mutisme imposé, de la désinformation,  de la stigmatisation, de la bêtise humaine. 

C’est un formidable plaidoyer sur l’Etre, l’homme, la femme, l’homosexuel, le bi, l’hétéro,  l’humain quel qu’il soit, quelle que soit sa couleur, sa religion , sa sexualité. Quels que soient ses choix, ses non-choix, son vécu.

Ce sont 534 pages haletantes.

C’est une déclaration que chacun est bien sûr libre d’interpréter comme bon lui semblera.  Pour moi, c’est une déclaration d’Amour et d’Empathie.

J’aimerais pouvoir vous en parler pendant des heures, au soleil d’une terrasse, autour d’un thé.  J’aimerais vous dire l’obstination de Laurent (dont on finit par aimer les parfaites imperfections),  l’incompréhension (alors légitime) du milieu médical.  Je voudrais vous dire la colère.  Je voudrais vous dire Nathalie, Camille, Simone et Gabriella.  Je voudrais vous dire Marc et Arthur.  Je voudrais surtout vous dire Ali Benyoussef.  Et les autres.  Tous les autres.  . Je vous dirai juste :  LISEZ-LE !

Voilà, j’ai sous les yeux quelques mots que je voudrais vous partager avec vous.  Il  y en a tant d'autres  ! Quelques-uns de ces mots qui , comme bien d’autres lecteurs et lectrices (oui, oui, j’ai mes sources) ont noué ma gorge :

« Pourquoi Laurent avait-il promis ? Que pouvait-il répondre ?  Il n’y avait aucun traitement, aucun recul…Il prit la main du patient dans la sienne… »

Je remercie Sarah, qui m’a permis de lire cette pépite avant sa parution.  Merci à Maëlle Guillaud et aux Editions Albin Michel.    Coup de cœur, coup au cœur . Merci !

© Nath