levi

 

 

Si c’est un homme

Primo LEVI

Edition Pocket – 1988 –

 

« Alors, pour la première fois, nous nous apercevons que notre langue manque de mots pour exprimer cette insulte : la démolition d'un homme. En un instant, dans une intuition quasi prophétique, la réalité nous apparaît : nous avons touché le fond. Il est impossible d'aller plus bas: il n'existe pas, il n'est pas possible de concevoir condition humaine plus misérable que la nôtre. Plus rien ne nous appartient: ils nous ont pris nos vêtements, nos chaussures, et même nos cheveux; si nous parlons, ils ne nous écouteront pas, et même s'ils nous écoutaient, ils ne nous comprendraient pas. Ils nous enlèveront jusqu'à notre nom: et si nous voulons le conserver, nous devrons trouver en nous la force nécessaire pour que derrière ce nom, quelque chose de nous, de ce que nous étions, subsiste. »

 

J’évoque souvent ici des « lectures nécessaires ».  Elles le sont pour moi dès l’instant où elles évoquent des notions qui me semblent aussi indispensables que vitales, à savoir la Liberté, l’Egalité, la Fraternité et la Paix.

J’ai envie aujourd’hui de vous rappeler une œuvre magistrale.  De celles que l’on ne peut oublier. La preuve, elle reste gravée dans ma mémoire depuis mes années lycée, il y a… quelque temps.  Un texte qu’il convient de transmettre, de partager, encore et toujours. Un grand « classique ».  Il s’agit de « Si c’est un homme » de Primo Levi.

Il est bien difficile, j’en suis consciente, d’en extirper la substantifique moelle, tant aborder ce témoignage est compliqué, car il est si… (vous mettrez dans ces pointillés ce que vous en aurez retenu), que plaquer des mots dessus pourrait revenir à le banaliser.  Et pourtant !

Primo Levi est un rescapé d’Auschwitz. L’un des rares juifs a avoir survécu à l’horreur.  Il témoigne de l’indicible, de l’inadmissible totalement admis dans un pays soumis au régime nazi. 

Si c’est un homme n’est pas un énième témoignage sur l’horreur concentrationnaire.  L’auteur aborde le sujet sans haine. Pour dire. Pour perpétuer ce devoir de mémoire qui me semble indispensable en ces temps où l’extrémisme le plus nauséabond répand d’infects effluves, partout dans le Monde.  Le sujet, dans toute son horreur, est abordé d’un ton neutre, quasi journalistique, ce qui ne fait qu’accroître ce sentiment d’effroi qui vous saisit au fil des pages.

Primo Levi livre donc là un témoignage unique, parsemé d’allusions à la Divine Comédie de Dante, notamment le chant d’Ulysse. Il parvient à déposer des traces humaines au plus profond d’un cloaque d’inhumanité.  Sans doute pour survivre.  Certainement pour dire. Pour qu’à notre tour, nous disions.

« La conviction que la vie a un but est profondément ancrée dans chaque fibre de l’homme, elle tient à la nature humaine »

© Nath