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Le Prince à la petite tasse

Emilie de TURCKHEIM

Editions Calmann-Lévy – Août 2018

Rentrée littéraire 2018

 

 « Je me souviens du conte d’Andersen, la Princesse au petit pois… Reza est le Prince à la petite tasse. Celui qui a pris ses repas dans la boue des camps et qui, arrivé chez ses hôtes, ne  peut boire son  thé que dans une tasse de porcelaine, redevenant le prince qu’il n’a jamais cessé d’être ».

Le Prince à la petite tasse, c’est une formidable histoire d’Humanité, de Fraternité et de Solidarité. De toutes ces valeurs-là.  Et d’Amour aussi.   Et de Partage. Tout cela avec des majuscules, aussi grandes qu’est l’émotion qui se dégage de ce récit, signé Emilie de Turckheim.

C’est l’histoire d’une famille parisienne, celle qu’Emilie forme avec son époux Fabrice et leurs deux enfants, Marius et Noé.  Une famille au cœur grand comme çaaaaaaaaaa , qui décide d’accueillir au sein du foyer, un jeune réfugié afghan, Reza, qui a vécu l’enfer lors de son exil forcé.

Neuf mois durant, le temps de mettre un enfant au Monde, Emilie va tenir un journal , ouvrir ses portes, ouvrir son cœur, et nous faire partager cette cohabitation à la fois douce, drôle, tendre, et si …évidente !

Neuf mois durant, se déroule la vie de cette famille « recomposée ».  Avec ces moments bouleversants, comme celui où Reza découvre la Déclaration des Droits de l’ Homme et du Citoyen, lui qui avait perdu jusqu’à son identité , jusqu'à sa dignité :

« Reza pose le doigt sur les trois mots qui se détachent en haut de la page et me les lit en farsi.  Puis, il me les traduit en français :  Liberté, Egalité, Fraternité.

-          C’est Déclaration, me dit Reza

-          La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, dis-je , la voix pleine de larmes qui sont apparues sans crier gare. »

L’univers de l’autrice , ce monde si particulier dans lequel j’aime tant pénétrer, sur la pointe des pieds (Reza n’étant plus là pour récurer),  se retrouve selon moi dans ce récit, pourtant en apparence très différent de ses précédents romans.  Je précise que ce journal s’est déroulé durant l’écriture de L’enlèvement des Sabines, dont vous trouverez la chronique ici.  On y retrouve cette belle fragilité, cette sensibilité, ce besoin d’absolu et cette immense générosité.  Générosité de l’acte bien sûr :  accueillir chez soi un « migrant » (j’ai horreur de ce mot, pour moi ce sont les  oies qui migrent), mais aussi générosité de l’écriture, qui trouve toute sa saveur, dans le don à autrui, dans le partage, dans le regard posé sur les minorités.

Je savais Emilie conteuse, je l’ai découverte poétesse.

Le Prince à la petite tasse, celle, toute fragile, toute délicate, en porcelaine, est un pur bonheur pour l’âme.  L’un de ceux qui font du bien lorsque l’on constate avec effroi l’ostracisme dont souffrent ces exilés.

Je referme ce livre  avec des larmes plein le cœur, et de la joie aussi. Celle d’avoir partagé ces neuf mois avec Emilie et sa famille.   Neuf mois d’Espoir pour l’Humanité !

« Noé a dit que Reza ne partirait jamais de chez nous, parce que son pays était en guerre et qu’on ne pouvait pas habiter dans la guerre ».

Merci à Emilie pour ce cadeau à son image, merci aux Editions Calmann-Levy.

© Nath