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La blessure

Jean-Baptiste NAUDET

Editions de l’Iconoclaste – Août 2018

304 pages

Rentrée littéraire 2018

 

C’était un soir de juillet. Celui de la présentation de la rentrée littéraire des Editions de l’Iconoclaste. Un grand bonhomme , avec des blessures plein le cœur, qui effleuraient le bord de ses yeux est venu me parler, là, sur le trottoir, du roman qu’il allait présenter dans quelques instants.  Avec des mots chargés d’une émotion épidermique…  Et puis…  Et puis, il y a eu LE moment : celui, où, dans un silence absolu, il a dit….  Il, c’est l’auteur,  Jean-Baptiste Naudet.    Il a dit.  Et il l’a fait avec tant et tant de sincérité et de fragilité que j’ai senti mon cœur  se serrer fort, fort, fort.  Et mes joues se mouiller.

La blessure raconte à la fois l’amour et l’horreur.   C’est l’histoire de Danielle , la maman de Jean-Baptiste, et de Robert, son premier fiancé, envoyé comme bien d’autres, de l’autre côté de la Méditerranée, lors de la guerre d’Algérie.  C’est le récit de cette épine qu’elle, jeune fille amoureuse, avait gardée plantée dans le cœur depuis la mort de ce grand Amour.  Un amour perdu en Kabylie, et qui la portera aux confins de la folie, au bord d’un gouffre . Il faut croire que certaines échardes sont génétiques… Les gouffres de la raison aussi.

Vingt ans, c’est l’âge pour vivre, pour rire, pour aimer, pour s’aimer.  Pas celui pour mourir dans une guerre qui dépasse l’entendement.

Jean-Baptiste Naudet a découvert, après avoir touché lui-même le fond du cloaque, après avoir vécu les charniers, les guerres, l’odeur de la mort, ce secret qu’il  pressentait sans pouvoir le nommer.  Celui qui faisait que sa mère était devenue folle de désespoir, celui qui l’avait poussé lui-même à affronter des démons hurlants jour et nuit.  Des années après le décès de Danielle, Jean-Baptiste a appris l’existence de la correspondance flamboyante d’amour entre ces deux jeunes gens à qui l’avenir souriait…

Mais « quelle connerie, la guerre, Barbara »

L’auteur nous livre avec une pudeur inouïe leurs échanges, leurs mots, leur tendresse, leurs promesses, leurs «je t’aime ».

« … Je sais encore le son de ta voix , mon amour, et le ciel de tes yeux , et le cœur de ton corps ».

Le roman est un écho : celui de trois voix. Celle de Danielle,  celle de Robert, et celle de Jean-Baptiste.

Il est splendidissime, ,il me faudrait des pages et des pages, des lignes et des lignes pour retranscrire mes émotions.  Il vous prend aux tripes.  Il est à l’image de son auteur, avec ses grandes mains, ses yeux pleins de brume et de cicatrices.

La Blessure est un hommage magnifique et lumineux à l’Amour, à sa mère, à tous les Algériens , à tous les Kabyles, à toutes les victimes qui continuent de tomber, tous les jours.

Oh Barbara , quelle connerie la guerre !

Emaillé de références poétiques à des auteurs qui me touchent tout particulièrement, comme Prévert, Rimbaud, Apollinaire, Hugo, ce roman est beau. Oui, beau. Et fort . Et étoilé.  C’est un plaidoyer pour la Paix. En outre, il interroge, à juste titre, sur ce que la parentalité implique comme transmission, ces blessures que l’on donne sans même sans rendre compte.

Je ne vous en dirai pas plus, parce qu’il FAUT que vous le lisiez, que vous avaliez ces mots, que ces odeurs , ces fêlures, vous imprègnent aussi.

« Je me souviens et je pleure. Maman, c’est toi qui avais raison , quelle connerie la guerre… Et je n’ai jamais rien compris. Rien  à rien Maman… »

© Nath