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Et boire ma vie jusqu’à l’oubli

Cathy GALLIEGUE

Editions Emmanuelle Collas – Octobre 2018

Rentrée littéraire 2018

 

C’était il y a un an et demi.   Je découvrais alors la plume magistrale de Cathy Galliègue, et je tombais sous le charme apnéique de son premier roman « La nuit je mens » (chronique ici).

Dix-huit mois après, je referme, le ventre noué, et le souffle court, « Et boire ma vie jusqu’à l’oubli » (paru en cette rentrée littéraire, aux Editions Emmanuelle Collas), somptueuse histoire d’amour, de solitude, de déchirures, de deuils, de manques, de tendresses, de course effrénée tant vers la vie que vers son antonyme.

Betty porte sur ses épaules le poids de la souffrance. Une douleur qu’elle noie, nuit après nuit,  dans l’alcool. Quand on va mal , très mal, quand on pense que tout est foutu, que le bonheur c’est pour les autres, alors on fait comme on peut. On bricole. Avec ces pans , ces blancs, ces noirs, ces bouts de rien, ces bouts de tout. Avec des artifices.    Betty, elle veut oublier.  Et ne pas oublier.  Se souvenir de tout. Parce qu’oublier serait trahir. Oublier parce que se souvenir est trop douloureux. 

« L’alcool dévore mon corps, lentement, il nourrit le chagrin et s’empare de la chair. Je me parle à voix basse les soirs de défonce, tous les soirs, je me répète d’une voix qui trébuche, en dansant mollement dans mon salon, faisant déborder mon verre, et ça me fait rire, je me répète de cette voix qui voudrait amoindrir le tragique naufrage « Faut que t’arrêtes tes conneries, tu sais… »

Se souvenir des jours heureux, de Simon, son amour, son mari, son âme-sœur,  le père de son fils… Simon, cet amour d’adolescente. Ce désir brûlant . Simon retrouvé des années après.   Simon avec lequel elle a bâti cette vie parfaite, cette famille parfaite, cette maison parfaite. Avec son grand jardin, sa pelouse où il fait bon s’allonger pour regarder les nuages.  Il  est beau Simon, tant en dedans qu’en  dehors. Simon, mort.  Simon qui ne la caressera plus, qui ne laissera plus traîner sa serviette dans la salle de bains.

Alors Betty, elle fait comme elle peut.   Carence sur carence, trou noir sur trou noir, absence sur absence, deuil  sur deuil.  Elle tisse le canevas de ses souvenirs,  cherche l’image de cette mère mystérieusement disparue,  s’accroche à  une paire de souliers rouges, parce que « souliers » c’est un joli mot. Parce que ce qui est joli manque à  sa vie.

Et boire ma vie jusqu’à l’oubli,  c’est l’histoire d’une douleur, d’une amnésie traumatique, parce que parfois, se souvenir,  ça fait un mal de chien. Alors, on jette la bouteille des souvenirs à la mer. C’est aussi une magnifique lumière, celle de l’Espoir, en dépit de ces larmes, trop nombreuses. C’est l’histoire d’une résilience, d’un passé qu’il faut apprendre à dompter, parce que de toute façon, il fait partie de nous .  De nos gênes.  Qu’il  est impossible de le gommer.

« Le passé n’a pas disparu. Il  est rangé dans une armoire qu’il m’arrive encore d’ouvrir, de temps en temps. Je caresse les souvenirs avec tendresse, les vrais, les faux, les mémoires empilées, les morceaux de vie. J’ai renoncé à la douleur ».

J’ai été happée par cette trajectoire de vie, par les mots de l’autrice, par cette sensibilité qui lui est propre, qui lui ressemble tant.  Au-delà d’un roman, au-delà des émotions, au-delà des larmes, il y a une Femme.  Formidable. Solaire. Unique. Une Femme toute en failles, toute fragile, toute forte.  Elle s’appelle Cathy Galliègue.  Et elle a un talent aussi grand que son cœur, ce qui n’est pas peu dire.
Vous l’aurez aisément compris, j'ai adoré, vraiment adoré ce roman, et si j’ai un conseil à vous donner :  lisez-le !

© Nath