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Bazaar

Julien CABOCEL

Editions de l’Iconoclaste – Août 2018 –

198 pages

Rentrée littéraire 2018

 

Qui n’a jamais rêvé de tout plaquer,  de jeter les clés et de filer, tout droit devant, sans destination autre qu’un ailleurs ?

C’est ce que choisit de faire Dominique Chevallier, brillant publicitaire, connu et reconnu, à la vie que bien des gens envient. Bien des gens certes, mais plus lui.

Alors, un soir, frappé par la grâce d’une danseuse, subjugué par la beauté pure d’un geste, il décide de prendre la route, et de rouler jusqu’à ce que le réservoir d’essence déclare forfait.   Il part.  Destination : lui-même.

« J’étais bien incapable d’expliquer ce qui m’était arrivé ce soir-là. Cette fille dansait sur la scène.  Et je pleurais…  Comme si elle parlait une langue que je ne connaissais plus, que j’avais oubliée depuis des siècles et que pourtant je comprenais parfaitement.  Elle dansait sur la scène de l’opéra Bastille. Et moi, au milieu d’une rangée de fauteuils au velours bleu nuit, je pleurais…  J’avais cherché son nom sur la programmation…pour la remercier de ce qu’elle avait accompli. Non pas la danse elle-même mais le sens de la vie, de ma vie, qu’elle avait ravivé… L’idée était venue de là ».

Il part pour vivre. Vivre l’instant, le présent . « Pas d’avant, pas d’après, juste l’instant ».

C’est ainsi qu’il arrive en Provence et que le hasard ( ?) le guide jusqu’au Bazaar, motel fantomatique et délabré, qui  n’est pas sans rappeler  Bagdad Café.

C’est là qu’il va rencontrer des personnages atypiques, hauts en couleurs et en sentiments, qui  vont l’amener, chacun à sa façon,  à s’interroger, indirectement, sur le sens de sa vie, de la vie.

Ainsi, il se retrouve face à Stella, une ancienne compagne, «femme aimant », à un drôle de berger , à une enfant, à un photographe étrange, et d’autres visages sortis tout droit d’un autre monde.

La plume de Julien Cabocel est trempée dans l’encre de la poésie et de l’imaginaire, elle est couleur ciel de Provence, ciel étoilé, regards perdus, à la limite du fantastique.

L’auteur se fait peintre, musicien, conteur, et c’est un pur bonheur de se laisser porter, de se laisser embarquer dans ce monde métaphorique.

Si au premier abord, les personnages semblent loufoques, il n’en est rien.  Chacun fait partie d’un tout.  Un peu (beaucoup) comme dans la vie. Car nous sommes tous complémentaires non ?  Si le hasard semble être le guide de chacun , on se rend bien vite compte qu’il n’en est peut-être rien .  A chacun de trouver  le chemin qui lui convient, la voie qui est la sienne.   Le Bazaar, c’est peut-être bien notre destin. Peut-être est-il placé sur la route de chacun d’entre nous, à un moment bien précis de notre vie ?
Roman initiatique, roman onirique, roman intimiste (car l’écriture de Julien Cabocel a ceci de magique qu’elle donne au lecteur l’impression qu’il est tout là, au Bazaar, qu’il est chacun d’eux tous, sans voyeurisme, juste avec  poésie et pudeur). 

« Chaque instant me le disait désormais. Le Bazaar existait bel et bien.  Peu importe où. Il s’élevait quelque part pour abriter les possibles, héberger toutes les vies que j’aurais pu avoir , tous ceux que j’aurais pu être. Et je savais m’y rendre".

Je remercie les Editions de l'Iconoclaste pour cette très belle découverte  (il faut dire que la rentrée littéraire chez l'Ico est de toute splendeur).