9782253067986-001-T

 

 

Rebecca          

Daphné du Maurier

Parution originale : 1938

Le Livre de Poche : mai 2016 (nouvelle traduction)

 

Je vous faisais part récemment de mon intention de relire régulièrement ces classiques qui ont fasciné la lectrice-ado que j’étais. 

Après Michel Strogoff (ici),  après le Comte de Monte-Cristo () ,  après Dix petits Nègres (par ici)  je vous parle aujourd’hui de Rebecca,  incontournable pilier de la littérature anglo-saxonne,  écrit en 1938 par Daphné du Maurier. Ce roman , de même que ceux d’Agatha Christie a marqué mes premiers pas dans les rayons de la section adulte de la bibliothèque de Narbonne,  moments inoubliables à plus d’un titre.

Mais revenons à Rebecca…

La narratrice du roman, qui demeure anonyme de la première à la dernière page, est une jeune fille que l’on devine issue d’un milieu modeste. Sans famille, elle est la demoiselle de compagnie d’une dame fort désagréable, aussi riche qu’autoritaire.   C’est à Monte-Carlo que tout débute. Tout, c’est la rencontre entre elle, la narratrice et Maxim de Winter, richissime anglais, veuf inconsolable depuis la tragique disparition de son épouse Rebecca.   De balades en moments partagés, se tisse entre eux deux un lien tendre, tant et si bien que tout cela finit (ou plutôt commence) par un mariage.

Après une lune de miel paradisiaque en Méditerranée, le couple rentre à Manderley, la somptueuse propriété de monsieur de Winter.   Elle va alors faire la connaissance de certains proches de son époux, et des membres du personnel, dont Mrs Danvers, qui fut la gouvernante de Rebecca.  Un lien fusionnel unissait ses deux femmes, lien qui restera flou tout au long de la lecture.

" Je te présente Mme Danvers", annonça Maxim, et la femme se mit à parler, laissant cette main morte dans la mienne, ses yeux caves ne quittant jamais les miens, si bien que mon regard flancha, incapable de soutenir le sien."

 Viscéralement attachée à l’ancienne châtelaine, Mrs Danvers ne tolérera jamais la présence de la nouvelle Mrs deWinter, accumulant coups bas et méchancetés à son encontre.   L’ombre de Rebecca  demeure très présente,  faisant d’elle et de Manderley des personnages à part entière du récit.

« C’était son lit. Un beau lit, n’est-ce pas ? J’y laisse la couverture d’or, celle qu’elle préférait. Voilà sa chemise de nuit, dans la pochette. Vous l’avez touchée, n’est-ce pas ? « Elle sortit la chemise de son enveloppe et la déploya devant moi. « Touchez-la, prenez-la, dit-elle. Comme c’est doux et léger, n’est-ce pas ? Je ne l’ai pas lavée depuis qu’elle l’a mise, pour la dernière fois. Je l’avais disposée ainsi, avec la robe de chambre et les pantoufles, la nuit où elle n’est pas revenue, la nuit où elle s’est noyée ».

L’emprise de Rebecca demeure. Au delà de la mort. Rebecca si belle , si brillante, si glamour, si intelligente..   Alors, bien sûr, à côté de ce modèle si parfait, la narratrice se sent bien transparente.  

"Rebecca, toujours Rebecca. Je ne serai  jamais débarrassée de Rebecca. Peut-être que je la hantais ainsi qu'elle me hantait ; elle regardait du haut de la galerie, comme avait dit Mrs Danvers, elle était assise à côté de moi quand je faisais mon courrier à son bureau. Cet imperméable que j'avais porté, ce mouchoir dont je m'étais servie, ils étaient à elle. Peut-être m'avait-elle vue les prendre. Jasper avait été son chien et courait maintenant sur ses talons. Les roses étaient à elle et je les cueillais. M'en voulait-elle et me craignait-elle comme je lui en voulais? Désirait-elle que Maxim fût de nouveau seul dans la maison? J'aurais pu lutter contre une vivante, non contre une morte."

La folie de Mrs Danvers va grandissante, envahissante. Le suspens grandit page après page, plongeant le lecteur dans un état d’oppression qui relève du génie .

Ce roman possède tous les ingrédients d’un très grand :  amour, haine, folie, mort, mensonges, noirceur.

Il a été magistralement porté à l’écran par Alfred Hitchock en 1940, de même que deux autres romans de l’autrice, « Les oiseaux » (1963) et « L’auberge de la Jamaïque » (1939).

J’ai littéralement adoré cette histoire , la plume de Daphné du Maurier, cette montée en puissance de l’intrigue, qui ne faiblit aucunement.    La psychologie des personnages est étudiée à la loupe, et j’avoue avoir frémi plus d’une fois. J’y ai également trouvé un coup de canif envers la société anglaise , peu encline à accepter les différences d’ordre social au sein d’un couple, ce conservatisme peut-être typiquement insulaire.  Un très très grand classique donc. Un incontournable selon moi. 

© Nath