bouraoui

 

 

Tous les hommes désirent naturellement savoir

Nina BOURAOUI

Editions JC Lattès – Août 2018 –

Roman – 265 pages

 

Tous les hommes désirent naturellement savoir est sans doute le roman le plus intimiste de Nina Bouraoui.  Elle livre ici , par fragments, son chemin de vie depuis l’enfance de l’autre côté de la Méditerranée, en Algérie, à celle qui est la sienne actuellement, à Paris.

L’autrice déroule le fil de ses pensées, de ses errances, de ses  interrogations, de cette généalogie qu’elle porte, de cette homosexualité qu’elle a mis si longtemps à assumer, des « livres-remparts » qui ne l’ont en aucun cas protégée,  de sa différence, de cette richesse qu’est la « double culture ». 

Divisé en courts chapitres qui évoquent parfaitement le long périple qu’est l’accomplissement de soi (« Se souvenir », « Devenir », «Savoir » et « Etre ») le roman porte les traces de souffrances multiples,  d’interrogations non résolues,  un peu comme s’il marquait le début de quelque chose.  

Nina Bouraoui raconte son enfance « homosexuelle »

« Il y a une enfance homosexuelle.   Cette enfance est la mienne. Elle ne répond à rien. Elle ne s’explique pas. Elle est ».

La difficulté viendra ensuite.  A l’adolescence. Quand il faut entrer dans le moule.  La honte sera là , tapie, bien présente.   Honte de ne pas assumer, honte liée au poids culturel, au poids sociétal.

Simulanément, vient  l’horreur en Algérie, l’exil, le déracinement, la France, les nouveaux codes à apprendre, la famille maternelle à découvrir, les grands-parents bretons, chirurgiens-dentistes, qui « vérifient les dents ».  Qui assènent parfois des mots qui font mal « La contrée lointaine et sauvage, les arriérés, notre pays qui n’est pas à la hauteur du leur,  les étrangers que nous demeurons »

Le roman est également, et peut-être avant tout, selon, moi, un hommage à la mère de l’autrice.   A ce lien fusionnel qui les unissait, un lien précieux, rare, unique.   Hommage à cette femme qui n’avait aucunement hésité à bousculer les bons principes et les bons sentiments  pour vivre son amour avec un homme de culture différente, dans un pays porteur de plaies non cicatrisées. 

A Paris, Nina Bouraoui  fréquente le Kat, lieu réservé aux lesbiennes.  Elle est la plus jeune , elle observe, elle écrit.  Elle devient.   Parce qu’on ne cesse de devenir

« Nous ne cessons de chercher à savoir, nous, les hommes et les femmes, égaux et différents, lancés dans le tourbillon de la ville et des atomes invisibles et magnétiques ».

Tous les hommes désirent savoir  dit, dénonce,  éveille, ouvre la voie.  A l’heure où l’homosexualité n’est pas encore réellement acceptée, à l’heure où  des gens descendent dans la rue pour la dénoncer de façon répugnante,  à l’heure où la différence, les différences sont encore bel et bien stigmatisées,  le roman de Nina Bouraoui est une lecture nécessaire.

J’ai été touchée par le ton intimiste, par ces confidences de femme, par cette fragilité, par cette douleur, ces douleurs, par le regard de l’autrice sur son parcours, sur sa famille, sur sa mère, sur son pays, sur le poids de la culpabilité, de la culpabilisation.

J’ai eu la chance ensuite d’assister à une lecture/rencontre avec Nina Bouraoui à la Maison de la Poésie, un grand et beau moment qui n’a fait que conforter mon avis sur cet ouvrage.

© Nath