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 Un cadenas sur le coeur

Laurence TEPER

Editions Quidam – Janvier 2019

192 pages

 

Ce n’est plus un secret pour personne, j’ai  une tendresse particulière pour les premiers romans. Celui-ci a su m’accrocher d’emblée par son titre « Un cadenas sur le cœur ».  Allait-il tenir ses promesses,  ou allais-je voir se dérouler une énième histoire insipide et d’une mièvrerie désolante ? Je ne vous tiendrai pas en haleine plus longtemps, j’ai beaucoup aimé ce récit à tiroirs multiples, ces secrets effleurés,  ces silences, cette plongée dans  le passé pour déverrouiller le cadenas du présent.

Le roman se déroule en trois actes,  comme une pièce de théâtre.

La légèreté du début , celle de l’enfance, fait place par la suite à un regard adulte, profond et blessé.

Claire Meunier est née au début des années 1960. Sa famille a tout de la famille lambda à cette même époque.  Les vacances au bord de la mer font partie de la tradition, et chaque année, immanquablement,  les Meunier y retrouvent les Coquillard,  pour partager ensemble un bout d’été.

C’est ainsi que Laurence Teper plante le décor, quelque peu vaudevillesque en apparence. On découvre les accointances de Monsieur Coquillard et de Madame Meunier,  qui partagent de longues promenades, la transparence de Madame Coquillard qui préfère rester chez elle, et le dévouement de Monsieur Meunier, qui s’occupe des enfants.  Chacun d’eux a une place bien définie, et l’autrice les présente avec cet humour délicieux qui égratigne et qui fait qu’on a bien vite envie d’en savoir plus, de découvrir ce que cache cette couche de vernis.

Si Claire-enfant perçoit bien que quelque chose cloche, c’est Claire-adulte qui va partir en quête de vérité, fouiller dans les archives, questionner et ouvrir la porte si secrète de la mémoire,  en dépit de ses propres peurs.

Un cadenas sur le cœur est un roman brillamment mené. Dans les tiroirs évoqués au tout début de cette chronique,  se trouvent pêle-mêle la transmission, la filiation, le mystère de la mémoire. Il y a des silences , des désamours, des amours, des questions.  Il y a un  fil qui se déroule. 

Laurence Teper a su donner à ce récit un ton inédit  qui le rend totalement addictif.

J’ai beaucoup aimé les citations en exergue de chaque acte.   La grande admiratrice de Christian Bobin et de Laurent Mauvignier que je suis a été très sensible à celles qui ouvrent l’épilogue.

L’écriture est délicate, alterne légèreté et profondeur.   On ne peut qu’aimer Claire. 

Une belle découverte donc, une histoire prenante,  un premier roman à saluer, et d’autres à venir, je l’espère…

© Nath