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Une année folle

Sylvie YVERT

Editions Héloïse d’Ormesson – Février 2010

336 pages

 

Après  « Mousseline la sérieuse »  qui retraçait brillamment la vie de Madame  Royale, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, Sylvie Yvert nous plonge avec « Une année folle » dans les incroyables tourments de la France de 1815.

Resituons un peu le contexte historique et politique :  le 1er mars 1815, Napoléon  Ier  revient en France après son exil à l’île d’Elbe. Il rejoint Paris (c’est ce que l’on appelle « le  vol de l’Aigle »).  Oui mais voilà, petit problème , la place (celle du pouvoir) est déjà prise, puisque Louis XVIII règne. Qu’importe , il sera évincé .  Ce sont là les fameux « Cent jours », qui dureront jusqu’à Waterloo, début de la fin de Napoléon.  Louis XVIII est alors rappelé sur le trône.  Vous imaginez donc sans mal  pourquoi on peut qualifier cette année de « folle ».

Voici pour la trame historique et globale. A celle-ci,  dans le récit de Sylvie Yvert, vient se superposer celle, bien réelle, et mise en lumière, de deux destins, de deux hommes fidèles à leurs idéaux, chose rare en ces temps où l’opportunisme était un mode de fonctionnement établi, et où le retournement de veste  frôlait parfois l’art.  En effet,  nombreux étaient ceux qui, pour se sauver,  garder une situation , ou un pseudo prestige, n’hésitaient aucunement à utiliser les moyens les plus vils, à commencer par la trahison.

Antoine et Charles, eux, ne sont pas ainsi.  Quand le vent tourne, ils préfèrent se mettre en retrait plutôt que de céder au panurgisme, et refusent de renoncer en ce qu’ils pensent être juste pour la patrie. Deux hommes qu’apparemment tout oppose. Si l’un est jeune, beau et a embrassé une carrière militaire, l’autre est  plus âgé, bedonnant, et disons-le, franchement laid.    Tous deux vont payer le prix fort de leur engagement, puisque le roman s'ouvre sur leur procès.   Pour quels motifs ? Je ne veux rien divulgâcher, et vous invite donc, si vous voulez en savoir plus, à ... lire le livre !

Nous les suivons ,  mais nous suivons aussi une époque, côtoyant des personnages illustres,  Napoléon bien sûr,  Louis XVIII,  mais aussi  Benjamin  Constant, Chateaubriand

Dans un tout autre registre que Mousseline, Sylvie Yvert offre un roman passionnant qui mêle tous les ingrédients d’une tragi-comédie. On rit, on pleure, on retient son souffle, même si , on le sait, les dés sont pipés.   Tout l’art de l’autrice est là : partir de la fin pour remonter le temps et accrocher le lecteur qui a envie de dénouer le fil  de l’histoire , ou de l’Histoire. Ou des deux.

« Une année folle »  est un récit qui se dévore . On a , tout au long de la lecture, cette drôle d’impression d’assister à une pièce de théâtre contemporaine, dont on ne saurait dire, dans le fond, si elle est tragique ou burlesque.  Parce que ces deux éléments-là alternent.

La plume de l’autrice virevolte, s’emporte, se pose, puis  tournoie à nouveau, pour exprimer à la perfection le tourbillon que fut cette année-là.

L’ensemble est extrêmement bien documenté, on se plaît à tourner les pages, et pour ma part, l’ingrédient essentiel à mon adhésion absolue à un roman est présent dès le début, à savoir que je suis entrée immédiatement en empathie avec les personnages principaux, qu’il s’agisse de Charles, d’Antoine, ou de…la fidélité, laquelle occupe une place constante et non négligeable.

Vous l’aurez compris, j’ai succombé au charme fou de cette année folle.

© Nath