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La mer monte

Aude Le Corff

Editions Stock – mars 2019

252 pages

 

D’Aude Le Corff, j’avais découvert l'écriture poétique et enchantée grâce à ses deux romans, « Les arbres voyagent la nuit » et « L’Importun ».  C’est donc avec un immense plaisir que j’ai plongé dans celui-ci , différent des précédents, semblable toutefois par la sensibilité de l’autrice, cette plume légère qui est la sienne, et les thèmes qui lui sont chers.

La mer monte nous plonge dans un univers futuriste, celui du Monde en 2042.  La planète a connu bien des tragédies, bien des cataclysmes, bien des catastrophes.  Les immeubles, comme les gens, sont hyper connectés.  Les robots assistants et les drones auxquels rien n’échappe font partie du quotidien. En 2042,  Paris est une fournaise. On végétalise les bâtiments,  une partie des terres a été submergée, l’île de Ré n’est plus qu’un souvenir . En 2042, on vit seul,  l’idée même de couple ou de famille est impensable.

 Lisa, née pendant la canicule de 2003, fait partie de ceux qui s’interrogent sur le bien fondé de l’évolution permanente des nouvelles technologies et de l’invasion des intelligences artificielles.  

« Depuis que les logements sont connectés, on s’adresse à une voix désincarnée qui connaît tout de nous.  Je l’ai choisie féminine à l’accent québecois, elle m’amuse sans le vouloir, mais je refuse de lui donner un prénom. Certains ont besoin de la baptiser pour  l’humaniser , ils finissent même par avoir l’impression que c’est une sorte d’amie qui veille sur eux, mais je reste méfiante »

Lisa entretient avec sa mère Laure une relation complexe,  un peu comme l’époque,  qui oscille entre prise de conscience et fatalisme technologique.

Laure est une énigme.   Une femme éteinte, une mère que l’on pourrait  qualifier de toxique, et qui n’en demeure pas moins attendrissante par les failles que l’on découvre à la lecture de son journal, auquel elle confie ce mal qui lui colle à la peau depuis  1990 et un drame vécu.

Ce mystère, ces silences, ces failles inexpliquées, ces secrets,  Lisa tente de les comprendre.  Savoir notamment pourquoi  sa mère disparaissait de façon inexpliquée lorsqu’elle était enfant. Essayer ainsi de la réparer.

Peu à peu, alors que les consciences partout dans le Monde vont s’éveiller, le lien va se nouer entre Lisa et Laure.

« Aujourd’hui, je la comprends mieux, j’ai atteint son âge alors qu’elle écrivait ces pages lues en douce. Je lui en veux encore mais, parfois, j’ai envie de serrer dans mes bras et de consoler cette jeune mère perdue qui n’avait pour confident que son journal »

Au-delà du miroir de deux époques, Aude Le Corff met face à face ces deux femmes  qui se complètent, ces deux morceaux d’une même histoire.  Le présent et le passé alternent, et s’emboîtent avec fluidité. 

J’ai aimé ce regard sur notre société et sur ce qu’elle pourrait devenir.  Les deux aspects du  roman sont d’une cohérence absolue et permettent de s’approprier le récit,  impression confortée par l’utilisation du « Je ».   La  plume de l’autrice est empreinte de cette authenticité qui donne au roman cette justesse qui en fait la force.

© Nath

NB : J’ai fait cette lecture dans le cadre de ma participation au jury du Prix Orange du Livre 2019.