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Celle qui attend

Camille ZABKA

Editions de l’Iconoclaste – Avril 2019

 

Incarcéré pour un motif futile, Alexandre va passer cent-sept jours derrière les barreaux.

Cent-sept jours loin de sa femme Pénélope et leur petite Pamina.

Cent-sept jours à tenter de combler le fossé de l’insupportable absence, du manque, de l’ennui, de la peur.

Cent-sept jours, une infinité de nuits.

« Chaque jour est une éternité »

Cent-sept jours à affronter l’univers carcéral,  cette noirceur poisseuse, cette violence,  le mitard, l’espoir, le désespoir, le temps qui  ne s’écoule pas, les repères qui  s’envolent.

Cent-sept jours à n’être plus qu’un numéro d’écrou, une fiche. 

« Un moins-que-rien. Un homme qu’on balade d’une cellule à une autre. Un homme qu’on peut surprendre dans son sommeil ou sous la douche.  Un homme dont on fouille les affaires et dont on lit le courrier »

Cent-sept jours, cinquante-deux lettres, des mots envoyés, des mots reçus pour ne pas rompre lien, pour qu’une enfant de trois ans ne pense pas que son papa l’a abandonnée. Ce papa qui est « au coin ». Les dessins, le courrier caché sous l’oreiller, comme pour le respirer. Comme pour chasser la crasse.

« Quand il se couche, le soir, ça fait un bruit de papier froissé »

Cent-sept jours, et ces souvenirs qui remontent à la surface, ces blessures d’enfance, ce jour où il a compris que des parents blancs ne pouvaient pas avoir un enfant noir.

Cent-sept jours, la rencontre magique avec Pénélope, deux univers aux antipodes l’un de l’autre. L’amour, toujours l’amour. Celui qui fait qu’on tient le coup.   Pamina, son rire, son odeur.

Cent-sept jours , la promiscuité, les mutineries,  les privations, et l’attente… Toujours…

Cent-sept jours , écrire, écrire sur des bouts de papier, sur n’importe quoi.  Dessiner.  Patienter. 

« Contenir ses poings. Brider ses pensées. Ne pas craquer »

Cent-sept jours.  Ses mots à elle.  Sans lui. Loin de lui.  Seule.  L’absence qui déchire. Les enveloppes faites « maison ». Les dessins de Pamina.  Se raccrocher aux petits bonheurs. A la douceur quand elle est là.

Cent-sept jours à attendre. A l’attendre.

« Dans ce quotidien sans lui, il faut apprendre à retenir chaque moment de douceur »

Celle qui attend est le premier roman de Camille Zabka. Un récit mené de bout en bout par une émotion fulgurante, une écriture tout en sensibilité et pudeur.

J’ai été viscéralement touchée par cette lecture, par les thèmes qu’elle aborde , au-delà de celui du monde carcéral. Je pense notamment à la paternité, à la filiation, mais aussi à la rigidité des institutions et de ceux qui les représentent.   J’ai eu plus d’une fois les larmes aux yeux en découvrant les mots maladroits de ce père,  qui écrit comme il parle : avec son cœur.

Je remercie les Editions de l’Iconoclaste pour cette superbe découverte.

© Nath