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Amour propre

Sylvie Le Bihan

Editions JC Lattès – Mars 2019

 

Dans ce roman nouveau-né, Sylvie Le Bihan s’attaque à un sujet ô combien tabou : l’amour maternel celui qui est supposé être intrinsèquement lié à la féminité, engendrant tout naturellement le désir d’être mère et bien sûr l’épanouissement personnel , total et absolu qui découle de ce rôle.    Un rôle c’est peut—être bien le mot qui pourrait définir au mieux cet habit que la société impose à la femme afin qu’elle reste dans le moule qui est le sien depuis …toujours !

La narratrice, Guilia, est en apparence une femme heureuse. Mère de trois grands enfants qu’elle a élevés seule, elle enseigne la littérature italienne, et prépare une thèse sur Curzio Malaparte.  Bien qu’aimant farouchement ses enfants, elle étouffe dans ce carcan qu’elle n’a pas vraiment choisi, qui lui a été plutôt imposé par une norme sociétale. Un enfant, puis deux, puis trois.  Un divorce,  et une vie de femme  reléguée aux oubliettes. Lorsque le moment d’émancipation de ses deux garçons( et par là-même de la sienne)  est retardé, pour cause d’année sabbatique souhaitée  par eux,  c’est le burn-out.

« Certaines femmes aiment l’idée d’un couple, mais celle d’une famille les étiole, les effraie Je ne pensai pas fonder une famille, je voulais seulement aimer un homme le temps que ça durerait»

Face à ce néant qui constitue son quotidien , face à cette nuit qu’est devenue sa propre vie,  elle décide de prendre le large et saisissant une opportunité, , elle part à Capri, dans la Casa Malaparte,  qui fut le fief de l’écrivain et qui est un personnage à part entière du roman.   Ce choix n’est pas anodin, puisqu’il constitue le lien entre Giuilia et sa mère inconnue, cette mère fantôme  pour laquelle elle éprouve un mélange de haine et de vénération.  En effet,  tout ce qui lui reste de cette maman partie alors qu’elle était bébé, c’est un livre de Malaparte.

Sylvie Le Bihan ose poser les mots sur un thème épineux, et ma foi,  elle relève le défi  haut la main. L’écriture est tout aussi fluide que puissante, et j’avoue, en toute honnêteté, que je me suis parfois reconnue dans cette lassitude, cet épuisement, cet acharnement à toujours vouloir « bien faire », juste dans le regard d’autrui., à tenter peut-être aussi de transmettre toutes ces choses non reçues.  

Les descriptions – de la Casa Malaparte, des paysages alentour - sont absolument somptueuses, et la méditerranéenne a été totalement séduite par ce souci du détail, cette douce impression d’être face  l’immensité des lieux, sous le soleil de Capri.

Gros coup de cœur, lu dans le cadre de ma participation au Prix Orange du Livre, puisque ce roman fait partie de la première sélection du jury (dont je fais partie, pour mon plus grand bonheur)

© Nath