59295070_10213561559368601_6441528539643641856_o

 

 

Des hommes couleur de ciel

Anaïs LLOBET

Editions de l’Observatoire – Janvier 2019

Roman en lice pour le Prix Orange du Livre  -  11e édtion –

 

La Haye, ville paisible des Pays-Bas,   l’image même de l’endroit où il fait bon vivre, où rien de laid ne peut arriver…   Rien, jusqu’à ce jour où un attentat se produit dans un lycée, faisant de nombreuses victimes.

Qui ? Pourquoi ?  Comment bascule t’on  de « l’autre côté » , celui qui ensanglante, qui frappe, qui tue ? 

Au-delà de cette question, viennent s’en poser bien d’autres…

Mais revenons sur le sujet de ce second roman d’Anaïs Llobet, qui m’avait déjà emportée avec  le sublime « Les mains lâchées ».

Des hommes couleur de ciel présente des destins mêlés.  Des souffrances communes .  Des silences.  Des déracinements. Un exil.   Celui de deux frères, Oumar et  Kirem.   Si l’un des deux a choisi la voie de l’intégration, l’autre s’enfonce dans un obscurantisme fanatique.  

« j’ai que des hommes dans ma famille, ma mère elle compte pas elle sait à peine dire son prénom. Tu sais ce que c’est de dire adieu à ta mère alors qu’elle est encore vivante ? »

Et puis il y a la voix d’Alissa, professeure de russe.  Il  y a leurs secrets, leurs déchirures, leurs peurs, leurs colères…

Trois regards sur le Monde, sur la Liberté.   Un regard , celui du lecteur, sur ce pays, la Tchétchénie, sur le sort qui y est réservé aux homosexuels ( " Oumar sale impur " ).  Trois visions de  l’exil.   La tolérance opposée à son jumeau maléfique.

Anaïs Llobet a fait le choix de l’écriture romanesque pour aborder évoquer un sujet ô combien épineux.  Elle évoque l’horreur, sous tous ses angles.   Et elle le fait brillamment.  On s’accroche à cette lecture, qui vous emporte comme un tourbillon.  On s’attache aux personnages, à leurs failles, à leurs douleurs tues, devinées.   Des hommes couleur du ciel, c’est aussi peut-être ce sort, accroché à la peau, à l'identité, auquel il est difficile d’échapper.  Loin d’être un récit sombre, il est aussi d’une pudeur lumineuse.  Coup de cœur donc, et  joie de voir ce roman figurer sur la liste de ceux éligibles au Prix Orange du Livre 2019 !

« Il percevait confusément qu’il se tenait à la lisière d’un choix, sans retour possible. Il était monté dans un avion, il avait changé de pays, appris une langue, mais  son départ  de Tchétchénie et son arrivée aux Pays-Bas n’auraient lieu que ce dimanche soir-là... »

© Nath