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La femme révélée

Gaëlle NOHANT

Editions Grasset – Janvier 2020

Rentrée littéraire d'hiver

 

Paris, 1950. Une mystérieuse américaine, Violet Lee, se terre dans un hôtel médiocre. On devine qu'elle fuit, qu'elle a dû abandonner sa véritable identité , et bien plus encore.

La narration passe alors de la troisième à la première personne, le « Elle » devient « Je, et Violet/Eliza déroute peu à eu le fil(m) de sa vie, et des événements qui l'ont conduite là, de l'autre côté de l'océan, avec pour uniques trésors une photo de son fils Tim et son appareil photo, un Rolleiflex qui est une seconde peau pour elle.

Si elle a dû se séparer du premier au prix d'une immense déchirure, le second ne la quitte pas. C'est ainsi qu'elle va s'employer à saisir des bribes de la vie des autres, leurs joies, leurs peines, leurs errances, leurs rires, leurs silences, leurs regards, faute de pouvoir mettre des mots sur le puzzle éparpillé de la sienne. 

De rencontre en rencontre, Violet Lee va devenir une Femme libre, la combattante qui sommeillait en elle depuis l'enfance, depuis ces jours d'avant , au cours desquels elle accompagnait son père dans le ghetto noir de Chicago, indéniable et immonde symbole de ségrégation raciale, va se réveiller.

Elle retrouvera sa terre natale en 1968, après un long , un très long exil. 1968 , l'année de l'assassinat de Martin Luther King et de Robert Kennedy , ardents défenseurs des droits civiques. 1968, les mouvements Yippie et Mobe. 1968, la Convention nationale démocrate de Chicago, les Black Panthers, la répression , le procès des Chicago Seven, le peuple qui se lève, poing en l'air. C'est précisément ce combat qui va permettre à Violet de redevenir Eliza, et de trouver le chemin qui la mènera à son fils.

Du Paris germanopratin au Chicago révolté, du jazz aux protest songs, ce roman est un hymne à la Liberté, à l'Art, à la Maternité et par là-même, à la filiation. C'est un chant qui s'élève  celui du nécessaire combat pour l'Egalité et la Fraternité, au-delà des différences. C'est un récit d'une actualité que l'on ne peut nier , les droits civiques étant hélas toujours bafoués partout dans le Monde.

Comme à l'accoutumée, Gaëlle Nohant se glisse talentueusement dans la peau des personnages auxquels elle donne la vie. Ici, elle est Violet / Eliza. Le miracle des mots fait que nous suffoquons, nous pleurons, nous devenons Elle. Debout. Freedom . Freedom !

J'ai posé le livre tout à côté de moi, , je suis à la fois triste de laisser partir celle et ceux qui m'ont accompagnée des jours durant, et emplie. Emplie de ces bonheurs épidermiques que la lecture engendre. Réchauffée par cette petite flamme qui nourrit le brasier de l'Espoir .

Immense gratitude à Gaëlle et aux Editions Grasset, qui m'ont permis de découvrir ce roman en avant- première !

« C'est lorsque nous avons réalisé notre impuissance que nous devenons vraiment libres ».

© Nath

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