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Dix-sept ans

Eric FOTTORINO

Editions Folio – Janvier 2020

 

Il m'a fallu du temps avant de pouvoir poser des mots que j'espère justes sur ce splendide roman en grande partie autobiographique d'Eric Fottorino.

L'auteur évoque ici sa mère, Lina. Une mère qu'il connaît si peu, dont il se sent si éloigné. Une mère qui lui aurait volé enfance et identité . C'est ce qu'il ressent, au plus profond de lui. C'est ce qui l'enserre, l'étouffe.

Lorsqu'à la fin d'un déjeuner dominical auquel elle a convié ses enfants, Lina révèle son secret, Eric va décider de remonter le temps jusqu'aux dix-sept ans de celle-ci, pour tenter de comprendre, d'éclaircir ces zones d'ombre qui planent autour de lui , ces silences, ces secrets , toutes ces choses camouflées.

Au fil de la lecture, on découvre en même temps que l'auteur sa propre histoire, les failles de cette mère inconnue, à qui on n'a pas forcément laissé le choix dans une France figée dans un un carcan moral d'une grande rigidité A dix-sept ans, pas l'âge auquel « on n'est pas sérieux », être « fille-mère » ainsi qu'on le disait, était une infamie. Cet outrage moral, au regard d'une société bien pensante, se devait d'être tu et réparé.. Peu importe tout le reste, même si tout le reste devient un poids pesant et sclérosant...

Peu à peu, Lina apparaît sous un autre jour.

La mère froide et mal aimante laisse la place à une jeune femme avide de liberté, d'amour et de soleil ..

Les descriptions sont splendides et c'est avec une grande émotion que j'ai retrouvé le soleil de la Méditerranée et les rues de la Rochelle. Par dessus tout , j'ai été profondément bouleversée par ce cheminement vers la mère, vers ce qui constitue une vie : des racines, de l'amour, et la vérité.

Coup de cœur donc et grand merci aux Editions Folio pour cette découverte-uppercut !

"Je pense à nous, petite maman.

Notre amour s'est cassé comme une ampoule. Tout s'est éteint brusquement.

Tu ne m'aimais jamais assez puisque je t'aimais toujours trop. Je ne te voyais pas comme tu étais. Il suffisait pourtant d'ouvrir les yeux...

Je te regarde. C'est la première fois que je te regarde.

Ce que je vois, je je l'avais jamais vu..

Je n'avais jamais voulu le voir....

J'attends que tu te réveilles comme le jour de tes dix-sept ans où tu m'as fait le plus beau des cadeaux. Il est cinq heures du soir et nous venons de naître" 

© Nath